Héritage Montréal · ArchitecTours

Circuit n° 4

La Cité de Maisonneuve : reconnaissance d'un ensemble unique

Date 16 août 2025
Durée 1 h 50 minutes
Distance 3 km
Arrêts 17
Tracé en cours…

Trame thématique

Le quatrième circuit du programme ArchitecTours 2025 propose une lecture du site patrimonial de l’Ancienne-Cité-de-Maisonneuve comme manifeste urbanistique d’une bourgeoisie industrielle francophone. La cité de Maisonneuve, fondée en 1883 par détachement de la municipalité d’Hochelaga annexée à Montréal cette année-là, fut entre 1910 et 1918 le théâtre du plan d’aménagement urbain le plus ambitieux jamais réalisé au Québec à cette époque. Conçu par l’ingénieur municipal Marius Dufresne en concertation avec son frère Oscar Dufresne et le maire Alexandre Michaud, ce plan dit de la « politique des grandeurs » avait pour objectif de faire de Maisonneuve la « Westmount canadienne-française », ville moderne à l’européenne destinée à incarner la prospérité de la bourgeoisie francophone montante. Trois fils thématiques traversent le parcours. Le premier porte sur l’influence directe du mouvement City Beautiful américain, lancé à Chicago lors de l’Exposition universelle de 1893 et porté par les figures de Daniel Burnham et de Frederick Law Olmsted. Cette influence se manifeste dans la composition tripartite des édifices publics Beaux-Arts (marché, bain, hôtel de ville), dans la perspective monumentale du boulevard Morgan dessinée par Frederick G. Todd (élève d’Olmsted), et dans l’intégration systématique de la sculpture publique à l’architecture (les fontaines La Fermière et Les Petits Baigneurs d’Alfred Laliberté, les sculptures sommitales du Bain Morgan attribuées à Arthur Dubord). Le deuxième fil concerne le contraste, voulu et assumé, entre l’architecture monumentale Beaux-Arts des édifices publics et l’architecture industrielle qui les jouxte. Les politiques de subventions municipales et d’exemptions fiscales (typiquement neuf mille dollars de subvention et vingt ans d’exemption de taxes, conditionnés à l’embauche de résidents locaux) attirèrent dès la fin du XIXᵉ siècle des manufactures comme Watson Foster & Co. (papier peint, 1896-1897) et Dufresne et Locke (chaussures, jusqu’à cinq cents ouvriers), puis au tournant des années 1910-1920 des entreprises continentales comme l’American Can Company (1917-1918) qui importa à Maisonneuve le modèle architectural du daylight factory mis au point par Albert Kahn à Détroit. Le troisième fil relate les transformations contemporaines du tissu cohérent ainsi constitué : annexion forcée à Montréal le 4 juin 1918 sous le poids de la dette laissée par les ambitions de la cité, désindustrialisation à compter des années 1960, expropriations massives pour une autoroute jamais réalisée dans les années 1970, requalifications successives des édifices industriels en espaces commerciaux, culturels ou résidentiels, et finalement classement provincial du site patrimonial de l’Ancienne-Cité-de-Maisonneuve par avis du 26 mars 2022, après mobilisation citoyenne contre le projet d’agrandissement de la bibliothèque conçu par Dan Hanganu architectes et EVOQ Architecture (anciennement FGMA).

Arrêt 1. Marché Maisonneuve et Fontaine La Fermière

Énoncé de la visite

La visite s’ouvre à l’intérieur du Marché Maisonneuve, conçu par Marius Dufresne entre 1912 et 1914. La guide rappelle les règlements anciens qui interdisaient aux usagers de nourrir les chevaux, d’attraper les poissons ou de cracher au sol. Le marché ferma ses portes en 1962, supplanté par les supermarchés et le Marché central. Il fut transformé en centre culturel et sportif (Centre culturel et sportif de l’Est) à compter de 1980. Un nouveau marché public, plus modeste, fut inauguré en 1995 dans un bâtiment voisin. Sur la place du marché, devant l’entrée principale, la fontaine en bronze coulé La Fermière d’Alfred Laliberté (1878-1953) constitue, à son installation en 1915, l’une des plus grandes fontaines et sculptures du Canada. Une maraîchère du début de la colonie, panier au bras, est entourée de trois enfants portant un veau, une volaille et un poisson. Lors de la visite, les figures sont coffrées en raison de travaux de réfection de la plomberie. L’œuvre se rattache au patrimoine et aux valeurs traditionnelles canadiennes-françaises (la terre, l’agriculture, l’alimentation) et incarne, par son intégration à la place publique, l’influence du mouvement City Beautiful.

Approfondissements

La construction initiale du bâtiment, de style Beaux-Arts ponctué d’éléments du Second Empire (toiture flanquée de quatre tourelles cornières à quatre pans), a coûté 260 000 $. Le marché demeure l’œuvre la plus originale et la plus personnelle de Marius Dufresne. Il est le seul des édifices publics de Maisonneuve dont les quatre murs extérieurs sont en pierre de taille. L’inauguration a lieu en mai 1914. Le marché abrita à ses débuts environ trois mille agriculteurs par année, vingt étals de bouchers et de poissonniers, ainsi que les premiers réfrigérateurs de Maisonneuve. Des arches extérieures furent construites en 1932 dans le cadre des projets gouvernementaux de lutte au chômage, démolies en 1967. Une pétition signée par plus de sept mille habitants du quartier dans les années 1980 provoqua l’installation d’abris temporaires extérieurs en parasols pour permettre aux maraîchers de vendre leurs produits, prélude au nouveau marché de 1995. Restauration majeure du bâtiment entre 2002 et 2004 par la firme Cardin Ramirez Architectes. Alfred Laliberté, l’un des sculpteurs québécois les plus prolifiques du début du XXᵉ siècle, fut formé à l’École des beaux-arts de Paris et exécuta plus de neuf cents œuvres dont plusieurs commandes publiques pour la cité de Maisonneuve. La Fermière fut commandée par les frères Dufresne dans le cadre de la politique des grandeurs et entretient un dialogue formel avec Les Petits Baigneurs (1915-1916), placée sur la façade du Bain Morgan en perspective sur le boulevard. Le bronze coulé fut exécuté à Paris à partir d’un modèle en plâtre. Concernant la réfection en cours en 2025, le procès-verbal de la séance ordinaire du conseil d’arrondissement Mercier–Hochelaga-Maisonneuve du 2 juin 2025 fait état d’un contrat octroyé pour les travaux de plomberie et de granit au montant précis de 313 800,01 $ taxes incluses (appel d’offres 2025-015-P), montant officiel à privilégier sur l’estimation approximative de 300 000 $ mentionnée par la guide.

Photo

Espace réservé pour photo

Arrêt 2. Bain Morgan et fontaine Les Petits Baigneurs

Énoncé de la visite

Le Bain Morgan (1914-1916), également conçu par Marius Dufresne, reprend la grammaire Beaux-Arts du marché à une échelle plus modeste, mais avec une inspiration américaine plus marquée. La guide compare l’édifice au Asser Levy Public Baths de New York (1904-1908), bain public moderne en béton et pierre dont l’organisation tripartite et les fenêtres cintrées à croisillons romains sont reprises ici. Une seconde référence visuelle, plus ténue, renvoie aux thermes romains. La structure en béton armé recouverte de pierre calcaire de l’Indiana sur la façade principale et de briques sur les façades latérales et arrière constitue une innovation technique pour Montréal en 1914. L’édifice abrita à l’époque des bains publics destinés à une population dont peu de logements étaient pourvus de baignoires. La fréquentation était strictement segmentée par sexe (femmes le mardi seulement, fermeture le dimanche après-midi en raison de la messe matinale). Le coût final du bâtiment dépassa de sept fois le budget initial de trois cent mille dollars, et le bain ferma ses portes dès 1917, un an après son inauguration. De 1920 à 1960, l’édifice servit d’école d’entraînement à la police de Montréal. Le bain redevint pleinement public en 1961 et mixte en 1963, prenant alors le nom de Bain Morgan. Le parvis et la façade ont été restaurés en 2023 par la firme Beaupré Michaud architectes, également autrice de la restauration récente de l’hôtel de ville de Montréal et des serres de Westmount. Sur la façade du bain, la fontaine en bronze Les Petits Baigneurs (1915-1916) d’Alfred Laliberté représente deux jeunes garçons jouant joyeusement dans un bassin. La scène, familière et vivante, rappelle la dimension communautaire et accessible des bains publics. Au sommet de la façade, trois sculptures attribuées à Arthur Dubord personnifient à gauche une naïade (symbole aquatique et mythologique), à droite un gymnaste (corps discipliné), et au centre un homme tenant en bride deux chevaux dont l’identification iconographique demeure incertaine (Hercule pour la force, ou Neptune comme figure aquatique). Les inscriptions « bain public », « Maisonneuve » et « gymnase » sont sculptées dans l’entablement.

Approfondissements

Le bain est inscrit comme composante du site patrimonial de l’Ancienne-Cité-de-Maisonneuve par décret provincial. Sa valeur patrimoniale relève à la fois de l’esthétique Beaux-Arts (rare exemple à Montréal de structure en béton armé recouverte de pierre dès 1914) et de l’histoire sociale de l’hygiène publique. Montréal compte parmi les villes nord-américaines ayant conservé le plus grand nombre de bains publics anciens, dans un éventail qui combine établissements encore en service, bâtiments reconvertis à d’autres usages et vestiges plus partiels. Le système de récupération de chaleur entre la chaufferie du bain et le marché Maisonneuve, mentionné par la guide, constitue un dispositif précurseur dont l’existence physique demeure à confirmer dans les fiches techniques d’origine du bâtiment. Les sources publiques consultées attestent l’existence d’une chaufferie majeure au bain (un appel d’offres récent de la Ville de Montréal porte d’ailleurs sur l’électrification de cette chaufferie), mais ne documentent pas explicitement le conduit énergétique vers le marché. La piscine demeure en activité, fermée l’été et ouverte les autres mois. À l’étage, le bâtiment loge des bureaux d’organismes communautaires dont l’Éco-quartier de Hochelaga-Maisonneuve et l’Atelier d’histoire de Mercier–Hochelaga-Maisonneuve. Concernant l’attribution sculpturale des trois figures sommitales, la convergence de plusieurs sources indépendantes (article de la revue Espace publié sur Érudit, fiche Wikipédia consacrée au Bain public et gymnase de Maisonneuve, fiche IMTL.org, blogue Montréal je me souviens) permet désormais de trancher en faveur d’Arthur Dubord, écartant les hypothèses antérieures qui hésitaient entre Maurice Dubert et Arthur Dubord. L’intégration de la sculpture monumentale à l’enveloppe architecturale est caractéristique du mouvement City Beautiful, qui prônait que l’art public soit indissociable du bâti.

Photo

Espace réservé pour photo

Arrêt 3. École Chomedey-De Maisonneuve

Énoncé de la visite

L’École Chomedey-De Maisonneuve, école secondaire publique du CSSDM, occupe un bâtiment de 1929 de style Art déco. À l’origine, elle accueillait les élèves francophones de la troisième à la neuvième année. Le bâtiment fait partie d’un complexe scolaire bicommunautaire : l’école francophone se dressait ici, l’école anglophone (Maisonneuve School) lui faisant face de l’autre côté de l’avenue Morgan. Au sommet des ouvertures, des bas-reliefs représentent un mûrier, une forme de pain et une croix catholique, marqueurs explicites de l’identité francophone catholique de l’établissement. Lors de la visite, le bâtiment est en travaux de décontamination, de réaménagement et de réfection complète, dans le cadre d’un programme du CSSDM incluant la réfection de l’enveloppe extérieure et l’amélioration acoustique de la grande salle. L’attribution à Irénée Vautrin avancée par la guide demeure à valider pour ce bâtiment précis.

Approfondissements

La situation de l’attribution architecturale exige une nuance importante. Irénée Vautrin (1888-1974) est documenté à la fois comme homme politique (député libéral, ministre de la Colonisation du Québec de 1934 à 1936) et comme architecte, contrairement à la simple identification politique qui pourrait être faite. La fiche du Répertoire du patrimoine culturel du Québec consacrée à Vautrin atteste de sa qualité d’architecte. Toutefois, l’attribution spécifique de l’école Chomedey-De Maisonneuve construite en 1929 à Vautrin n’est pas documentée par une source primaire (archives du CSSDM, plans d’origine, fiche patrimoniale du bâtiment). La date de 1929 correspond à une période où la Commission scolaire catholique de Montréal commandait régulièrement à des architectes patentés des bâtiments scolaires de qualité, et il convient donc de conserver une formulation prudente : Vautrin était effectivement architecte, mais la source primaire pour ce bâtiment reste à trouver. L’Art déco de cette école s’apparente à plusieurs réalisations scolaires montréalaises de la fin des années 1920 et du début des années 1930, qui combinent symétrie monumentale, ornementation sobre en bas-reliefs sculpturaux et bandeaux verticaux soulignés par des piliers en saillie. L’iconographie chrétienne (croix, blé, vigne) explicite la confessionnalité catholique de l’enseignement de l’époque.

Photo

Espace réservé pour photo

Arrêt 4. École Maisonneuve (anciennement Maisonneuve School)

Énoncé de la visite

De l’autre côté de l’avenue Morgan, le bâtiment de 1921 dessiné par la firme Ross and Macdonald accueillait à l’origine les enfants anglophones du quartier, dans une école dénommée Maisonneuve School. Ross and Macdonald comptait alors parmi les firmes d’architecture les plus prolifiques au Canada ; on lui doit également le magasin Eaton du centre-ville et l’hôtel Mont-Royal. Ici, l’architecture relève d’un style néo-Tudor ou néo-georgien, vocabulaire britannique d’inspiration domestique typiquement associé à l’architecture scolaire anglophone à Montréal au début du XXᵉ siècle. La composition est classique, l’équilibre vertical-horizontal, et l’ornementation tient principalement à l’appareillage de briques (damier sous les fenêtres, soldat debout, losanges saillants aux coins). Les inscriptions « Girls » et « Boys » de part et d’autre des entrées séparées attestent la ségrégation des sexes en vigueur à l’époque. L’école a fait l’objet d’une rénovation majeure entre 2020 et 2023 par la firme Yelle Maillé architectes (YMa), fondée en 1994 par André Yelle et Gilles Maillé. Le projet de 37,6 millions de dollars a permis la réfection complète de l’enveloppe extérieure, la réhabilitation totale de l’intérieur sur cinq mille cinq cent quatre-vingt-onze mètres carrés, le réaménagement de la cour extérieure intégrant un bassin de rétention d’eau, la modernisation des systèmes électromécaniques, et l’aménagement de vingt-six classes (dont quatre de maternelle) pour cinq cent quatre élèves. La rentrée des élèves a eu lieu en janvier 2024.

Approfondissements

À l’époque de l’érection de Maisonneuve School en 1921, la communauté anglophone représentait quinze à dix-huit pour cent de la population du quartier, principalement des immigrants de première génération issus d’Écosse et d’Irlande. L’école fonctionna en anglais jusqu’au milieu des années 1980. Elle relève aujourd’hui du Centre de services scolaire de Montréal (CSSDM) et est francophone depuis 1988. La firme YMa a procédé à une approche de conservation respectueuse du patrimoine : restauration de l’enveloppe extérieure (toiture, fondations, portes et fenêtres), réinterprétation des cloisons intérieures, et application chromatique inspirée du cercle chromatique enseigné à l’école primaire (douze couleurs regroupées en quatre familles appliquées aux quatre étages, avec le bois comme élément unificateur). Les escaliers et leurs accès sont systématiquement habillés de jaune pour faciliter le repérage des sorties d’urgence. Architecture de paysage par Rousseau Lefebvre, ingénierie par GBI, EXP et Tetra Tech, entrepreneur Hudson Six, œuvre d’art intégrée de Barbara Claus.

Photo

Espace réservé pour photo

Arrêt 5. Église presbytérienne Maisonneuve (Maisonneuve – St. Cuthbert’s)

Énoncé de la visite

À l’intersection des avenues Letourneux et de la rue Adam, l’Église presbytérienne Maisonneuve (Maisonneuve – St. Cuthbert’s Presbyterian Church) constitue le pôle religieux historique de la communauté anglophone du quartier. La paroisse fut fondée en 1888-1890 ; l’édifice actuel, modeste, fut reconstruit en 1925 à la suite d’un incendie qui transforma considérablement l’aspect physique de l’édifice antérieur. La guide attribue le bâtiment à un architecte « Ross and Gardiner », attribution non confirmée dans les répertoires d’architectes canadiens consultés ; une piste alternative conduisant à Ludger Lemieux est signalée par la littérature sur la conversion des églises à Montréal et reste à vérifier en archives paroissiales. L’architecture, sobre, reflète la tradition presbytérienne pour laquelle le sacré réside dans l’acte de rassemblement plutôt que dans l’exubérance des ornementations. Brique rouge-brun, toiture en bardeau d’asphalte en pente, jonction continue entre l’église et le presbytère adjacent (sans démarcation matérielle ni volumétrique). La communauté presbytérienne de Maisonneuve, fondée entre 1888 et 1890, se composait à la fois de cols bleus (ouvriers) et de cols blancs (contremaîtres et cadres), pour la plupart anglophones et d’origine écossaise ou irlandaise. Les ouvriers travaillaient à la Saint Lawrence Sugar (raffinerie de sucre fondée en 1888), à la Canadian Vickers (chantier naval), aux ateliers ferroviaires (vraisemblablement les Angus Shops du Canadien Pacifique), et plus au nord à la Warden King & Son (fonderie de fournaises et radiateurs). Les cadres anglophones de ces industries finançaient en partie la construction et l’entretien des églises anglophones du quartier.

Approfondissements

L’incendie de 1925, mentionné par les sources de l’Atelier d’histoire MHM, a considérablement modifié l’aspect physique de l’édifice antérieur. La reconstruction par corvée, telle qu’évoquée par la guide, demeure plausible mais non documentée par les sources publiques consultées. Pendant la période 1910-1921, la paroisse s’accrut considérablement par effet de l’immigration britannique et du développement de la Canadian Vickers. La paroisse Saint-Cuthbert, distincte, se développa dans le secteur Hochelaga, à l’angle sud-est des rues Hochelaga et Davidson, et fut intégrée à la paroisse Maisonneuve dans les années 1960. L’attribution architecturale demeure ouverte. La guide mentionne un cabinet « Ross and Gardiner » qui ne se retrouve ni dans le Biographical Dictionary of Architects in Canada, ni dans les fiches Wikipédia consacrées aux principales firmes d’architecture montréalaises de cette époque. Une piste alternative apparaît dans la littérature spécialisée sur la conversion des églises montréalaises (article de Lyne Bernier publié dans le Journal de la Société pour l’étude de l’architecture au Canada), qui évoque Ludger Lemieux comme concepteur possible. Cette piste mérite vérification dans le fonds d’archives paroissial conservé par l’Atelier d’histoire de Mercier–Hochelaga-Maisonneuve.

Photo

Espace réservé pour photo

Arrêt 6. Théâtre Denise-Pelletier (anciennement cinéma Granada)

Énoncé de la visite

À l’angle de la rue Sainte-Catherine Est et de la rue Morgan, le Théâtre Denise-Pelletier occupe un édifice conçu en 1928 et inauguré en mars 1930 sous le nom de Théâtre Granada. L’architecte est Emmanuel Arthur Doucet, auteur de plusieurs projets d’habitation et d’églises dans le secteur ; la décoration intérieure est due à Emmanuel Briffa, décorateur d’origine maltaise spécialisé dans les théâtres atmosphériques nord-américains. À sa construction, le cinéma compte mille six cent quatre-vingt-cinq places et est considéré comme l’un des plus prestigieux de Montréal. Cinéma atmosphérique par excellence, il est doté d’un système Brenograph (fabriqué par la Brenkert Light Projection Company de Détroit) projetant au plafond des nuages et un ciel étoilé. La salle est conçue dès l’origine pour le cinéma parlant, qui fait son apparition à Montréal en 1928. En 1976, la Nouvelle Compagnie théâtrale acquiert le bâtiment et confie sa requalification en théâtre à l’architecte Jean-Guy Brodeur et au scénographe Claude Fortin. Le balcon est supprimé, la pente refaite, la jauge ramenée à 850 places. Le Théâtre Denise-Pelletier est inauguré le 14 octobre 1977, en hommage à la comédienne décédée l’année précédente. La salle Fred-Barry, salle d’essai modulable de cent trente places attenante à la grande salle, est inaugurée en janvier 1978. Une rénovation d’ensemble est menée entre l’automne 2008 et l’automne 2010 par la firme Saia Barbarese Topouzanov pour un coût de onze millions de dollars : revêtement métallique extérieur, hall lumineux par perçage des murs latéraux aveugles, modernisation acoustique. Le projet remporte le Premier Prix du jury de l’OAQ dans la catégorie Conservation et restauration en 2011, ainsi que le Prix du patrimoine 2010 de la Chambre immobilière du Grand Montréal.

Approfondissements

L’édifice fut commandé en 1928 par United Amusement, distributeur cinématographique. Le style Beaux-Arts tripartite combine ornementation classique (pilastres, fronton au-dessus des trois fenêtres centrales, denticules à la corniche) et iconographie Renaissance (masques, instruments de musique, danseurs sculptés dans les rectangles supérieurs), prémices figurales d’une vocation théâtrale ultérieure que l’architecte ne pouvait anticiper. La Nouvelle Compagnie théâtrale fut fondée en 1964 par Gilles Pelletier, Françoise Graton et Georges Groulx, et tenait jusqu’en 1977 ses activités à la Salle du Gesù du Collège Sainte-Marie. La compagnie a pris officiellement le nom de Théâtre Denise-Pelletier en avril 1997. Elle accueille aujourd’hui plus de cinquante mille étudiants annuellement et présente près de deux cent cinquante représentations par année dans ses deux salles. L’attribution erronée par la guide d’un ajout de la salle Fred-Barry en 2009 reflète probablement une confusion avec le revêtement métallique extérieur ajouté lors de la rénovation 2008-2010. La salle Fred-Barry existe en réalité depuis janvier 1978 et tient son nom du comédien Fred Barry (1887-1964).

Photo

Espace réservé pour photo

Arrêt 7. Ensemble Morgan : boulevard et parc

Énoncé de la visite

L’Ensemble Morgan constitue le pivot urbanistique et paysager de la cité de Maisonneuve. La halte au sommet du parc Morgan offre d’abord une perspective sur le boulevard Morgan, axe civique majeur dont la conception remonte à 1912-1913 par l’équipe des frères Dufresne et du maire Michaud. Le boulevard relie le marché Maisonneuve, au nord, au parc Morgan, au sud, et incarne, par son terre-plein central, ses contre-allées et ses larges trottoirs bordés d’arbres, l’ambition urbanistique du mouvement City Beautiful. Le tracé original prévoyait des arbres au centre, qui obstruaient la perspective ; le réaménagement de 1937-1939 par Frederick G. Todd redéploya les arbres le long des bâtiments pour dégager les axes visuels et plaça des massifs de tulipes au centre. À l’époque, la construction d’usines, de commerces ou d’établissements manufacturiers était interdite sur le boulevard ; les habitations devaient renoncer aux escaliers extérieurs jugés trop populaires. L’objectif explicite était de créer la « Westmount canadienne-française ». Les terrains, longtemps détenus par la famille Morgan, ne furent lotis qu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Le Parc Morgan occupe l’ancienne propriété Milton Lodge de la famille Morgan, achetée par la Ville de Montréal en 1929 après une vingtaine d’années de négociations. Les Morgan, propriétaires du magasin Henry Morgan & Co. (devenu La Baie en 1972 après son acquisition par la Compagnie de la Baie d’Hudson), avaient choisi la rive est de Montréal pour leur villégiature estivale, à contre-courant de la migration bourgeoise vers l’ouest. Henry Morgan, fondateur de la maison commerciale, est décédé le 12 décembre 1893 selon le Dictionnaire biographique du Canada ; les générations suivantes se désintéressèrent progressivement du domaine au fur et à mesure de l’industrialisation de la rive, jusqu’à la cession finale de 1929. La villa de vingt-huit pièces fut démolie après la cession ; les conditions de vente imposées par les Morgan limitaient les constructions futures à un kiosque à musique ou à un chalet. Le chalet et kiosque actuels furent dessinés par l’architecte municipal Donat Beaupré et inaugurés en 1931. L’architecture, néo-anglaise palladienne, présente un toit en croupe, des frontons modestes et une élévation en pierre calcaire de Montréal qui suit la topographie du talus. Au niveau inférieur, on trouve les vespasiennes (toilettes publiques) ; le kiosque à musique se trouve à l’intérieur, accessible depuis le sommet. Les croix de Saint-André de la balustrade rappellent l’origine écossaise des Morgan. L’hiver, le chalet servait de chalet de patineurs, avec deux cheminées chauffant deux vestiaires distincts pour hommes et femmes. Frederick G. Todd reçut en 1937 le mandat de réaménager le parc en même temps que le boulevard Morgan : nouveaux sentiers, nouvelles plantations, clôture périphérique. En 2005, la Ville de Montréal reconnut le parc Morgan comme site patrimonial de valeur exceptionnelle. L’année suivante, l’enlèvement controversé des clôtures provoqua la création de l’association Les Amis du parc Morgan, qui obtint avec l’appui d’Héritage Montréal leur réinstallation. Une fontaine fut ajoutée lors du réaménagement de 2013-2015. La toiture d’amiante d’origine fut récemment remplacée en ardoise par la firme Labonté Marcil.

Approfondissements

Frederick G. Todd (1876-1948), architecte paysagiste américano-canadien, fut formé chez Frederick Law Olmsted Jr. et s’établit à Montréal en 1900. Il signa l’aménagement du lac aux Castors au sommet du mont Royal, des plaines d’Abraham à Québec, et de plusieurs grands parcs urbains canadiens. Sa conception du boulevard Morgan en 1937 s’inscrit dans la continuité du mouvement City Beautiful, dont son maître Olmsted fut l’un des théoriciens. Le mouvement City Beautiful prit sa source à Chicago lors de la World’s Columbian Exposition de 1893, sous la direction de Daniel Burnham et avec la collaboration de Frederick Law Olmsted père. Il influença plusieurs aménagements monumentaux nord-américains, dont le National Mall de Washington. À Montréal, le boulevard Dorchester de Westmount et, à une autre échelle, le boulevard Pie-IX en sont d’autres manifestations. Le boulevard Morgan demeure l’expression la plus complète du mouvement à Montréal, en raison de sa cohérence d’origine et de la préservation du tracé. Henry Morgan (1819-1893) et James Morgan (1813-1885), originaires d’Écosse, fondèrent en 1845 le magasin Henry Morgan & Co. La résidence Milton Lodge correspondait à un domaine de plusieurs hectares en bordure du fleuve, avant l’industrialisation lourde de la rive est. La cession de 1929 fit l’objet de conditions contractuelles strictes destinées à préserver le caractère paysager du domaine. Le mouvement de protection citoyenne autour du parc Morgan en 2006-2007 constitue un précédent notable dans la mobilisation patrimoniale du quartier, qui devait culminer en 2018-2022 autour du projet d’agrandissement de la bibliothèque Maisonneuve.

Photo

Espace réservé pour photo

Arrêt 8. Caserne Letourneux n° 1 et Centre Nutrilait

Énoncé de la visite

À l’angle de l’avenue Letourneux et de la rue Notre-Dame Est, l’ancienne caserne de pompiers Letourneux n° 1 (4300 rue Notre-Dame Est, 1915) constitue l’une des œuvres les plus singulières de Marius Dufresne. La caserne s’inscrit explicitement dans la mouvance du Prairie School inaugurée par Frank Lloyd Wright, dont la guide rappelle quelques œuvres marquantes : le Musée Solomon R. Guggenheim à New York (1959), la maison Fallingwater en Pennsylvanie (1936-1939) et le Unity Temple d’Oak Park près de Chicago (1905-1908), source d’inspiration directe de la caserne. Marius Dufresne reprend l’esprit moderne de Wright (lignes épurées, toiture plate, longs porte-à-faux horizontaux, géométrie affirmée) tout en l’adaptant aux contraintes locales : trois façades en pierre calcaire (et non en béton apparent comme à Unity Temple), une quatrième en briques. La tour de séchage des boyaux d’incendie surmonte le bâtiment ; les portes de garage des camions se trouvent sur la façade ouest, donnant sur Notre-Dame. Le bâtiment cessa ses fonctions de caserne en 1962 et fut transformé en poste de police jusqu’au début des années 2000. En 2003, la firme Saucier + Perrotte le requalifia en théâtre pour la troupe Théâtre Sans Fil. Depuis 2014-2015, l’édifice est utilisé par le CF Montréal comme centre d’entraînement, sous le nom de Centre Nutrilait. Saucier + Perrotte conçut également l’agrandissement contemporain à l’arrière du bâtiment, en cohérence formelle avec les autres projets sportifs de la firme à Montréal.

Approfondissements

L’inspiration directe par le Unity Temple de Frank Lloyd Wright constitue un des rares exemples d’application du Prairie School à Montréal. Marius Dufresne était autodidacte en architecture (formé comme ingénieur civil) et nourrissait une admiration pour l’avant-garde américaine. Le choix de la pierre calcaire plutôt que du béton, alors innovant chez Wright, témoigne d’un compromis entre modernité formelle et conservatisme matériel adapté au contexte local. L’attribution exacte de la conception du Stade Saputo, mentionnée par la guide en marge du parcours, mérite une mise au point. Contrairement à ce que la guide affirme, le Stade Saputo (2008) est l’œuvre de Zinno Zappitelli architectes, agrandi en 2012 par Provencher_Roy. Saucier + Perrotte est en revanche l’auteur, avec HCMA, du Stade de soccer de Montréal (2015), un autre équipement situé au CESM (parc olympique). La confusion entre ces deux équipements sportifs montréalais est fréquente.

Photo

Espace réservé pour photo

Arrêt 9. Mini-arrêt thématique : traversée de l’autoroute Ville-Marie

Énoncé de la visite

La transition entre la caserne Letourneux et le cœur résidentiel de Maisonneuve emprunte une coulée verte qui constitue, en réalité, le souvenir paysager d’un projet autoroutier avorté. Dans les années 1970, le gouvernement du Québec entreprit des expropriations massives dans le secteur en vue du prolongement vers l’est de l’autoroute Ville-Marie. Des centaines de familles furent déplacées, des dizaines de bâtiments démolis, avant que le projet ne soit finalement abandonné sous la pression citoyenne et les changements de priorités politiques. La bande expropriée fut transformée en parc linéaire, qui ceinture aujourd’hui une portion du quartier et constitue, paradoxalement, une rare zone de verdure continue dans un tissu urbain par ailleurs dense. Cette traversée fonctionne comme respiration narrative dans le parcours : elle marque le passage entre les équipements municipaux et industriels du nord du quartier (caserne, marché, bain) et le cœur résidentiel et religieux situé plus au sud (église du Très-Saint-Nom-de-Jésus, maisons de la rue Adam, banques de la rue Ontario). Elle rappelle aussi que le tissu urbain hérité de la cité de Maisonneuve a continué d’évoluer sous l’effet de décisions urbanistiques contemporaines, parfois brutales, dont les traces subsistent encore.

Approfondissements

Le projet de prolongement de l’autoroute Ville-Marie vers l’est s’inscrivait dans une vague plus large de projets autoroutiers urbains des années 1960-1970 à Montréal, dont plusieurs furent contestés ou abandonnés (notamment l’autoroute est-ouest à travers le Vieux-Montréal). L’opposition citoyenne, conjuguée à l’évolution de la pensée urbanistique vers la conservation des tissus existants, contribua à l’arrêt de ces chantiers. Le parc linéaire actuel témoigne de la reconquête progressive de ces emprises par des usages publics paysagés, dans une logique parente de celle qui a inspiré, plus tard, le Réseau Vert dans le Mile End ou le belvédère du Chemin-Qui-Marche dans le Vieux-Port. La mémoire des expropriations demeure vive dans le quartier, et les Archives de Montréal conservent une documentation iconographique substantielle sur les bâtiments démolis, accessible via le portail ica-atom des Archives municipales (collection « Quartier démoli autoroute Ville-Marie »).

Photo

Espace réservé pour photo

Arrêt 10. Église du Très-Saint-Nom-de-Jésus

Énoncé de la visite

L’Église du Très-Saint-Nom-de-Jésus (4215 rue Adam, 1903-1906), première grande église de la cité de Maisonneuve, fut conçue par les architectes Albert Mesnard et Charles-Aimé Reeves dans un style romano-byzantin de dimensions cathédrales. Les flèches du clocher, particulièrement élevées, signalaient l’édifice depuis tout le secteur. L’intérieur, somptueux, contraste avec la sobriété relative de l’extérieur : décor peint sur fond d’or par Toussaint-Xénophon Renaud (1860-1946) à compter de 1914 et orgue Casavant Frères inauguré en 1915 (opus 624, six mille cinq cents tuyaux pesant quatre tonnes, transportés en cinq wagons). Les vitraux, commandés en 1914 à un atelier de Limoges, furent livrés et installés malgré la Première Guerre mondiale. Ils déclenchèrent un scandale lors de leur inauguration, le plomb utilisé étant alors réquisitionné en France pour l’effort de guerre. L’édifice connut au début du XXIᵉ siècle de graves problèmes structurels, sa structure étant peu contre-butée et bâtie sur un sol argileux. L’église fut fermée au culte en 2009. Une mobilisation citoyenne en concertation avec le diocèse de Montréal permit sa réouverture en 2014, avec restauration des fondations, des décors intérieurs et de l’orgue par les ateliers Casavant à Saint-Hyacinthe (et non en Italie comme l’évoque par erreur la guide).

Approfondissements

Albert Mesnard (1847-1909) et Charles-Aimé Reeves (1864-1942) signèrent ensemble plusieurs édifices religieux et institutionnels du début du XXᵉ siècle à Montréal. Reeves est par ailleurs l’auteur de la maison Walter Reed (1904) et de la caserne n° 2 devenue Maison de la culture Maisonneuve (1906-1907) ; sa collaboration étroite avec le maire Walter Reed (architecte et maire portant le même patronyme à orthographe variable) lui valut une part importante des commandes municipales du quartier. La maison Casavant Frères fut fondée en 1879 à Saint-Hyacinthe par Joseph-Claver et Samuel-Marie Casavant. L’orgue opus 624 de l’église du Très-Saint-Nom-de-Jésus demeure l’un des plus puissants en Amérique du Nord, ce qui explique l’ampleur de la mobilisation pour sa restauration. La restauration récente fut menée par Casavant Frères dans ses ateliers de Saint-Hyacinthe ; l’erreur de la guide sur une restauration en Italie pourrait provenir d’une confusion avec une commande spécifique de pièces à un fournisseur européen, à valider. Toussaint-Xénophon Renaud, décorateur d’églises québécois prolifique, exécuta les décors intérieurs du Très-Saint-Nom-de-Jésus entre 1914 et 1918, dans un style baroque caractéristique du tournant du XXᵉ siècle. Le classement provincial du site patrimonial de l’Ancienne-Cité-de-Maisonneuve par avis du 26 mars 2022 inclut l’église du Très-Saint-Nom-de-Jésus comme élément constitutif.

Photo

Espace réservé pour photo

Arrêt 11. Maison Walter Reed

Énoncé de la visite

Sur la rue Adam, la Maison Walter Reed (1904) constitue un exemple représentatif de l’architecture résidentielle prestigieuse de la cité de Maisonneuve à ses débuts. Walter Reed, menuisier devenu entrepreneur en bâtiment, fut maire de la cité de Maisonneuve de 1905 à 1907. Le bâtiment, attribué à Charles-Aimé Reeves, est un sixplex en pierre calcaire dont la matérialité et la volumétrie distinguent le projet de la production résidentielle ordinaire de l’époque. La pierre de taille marque les chaînes d’angle ; le reste de la façade est en pierre à bossage. Aux ouvertures, les chaînes d’angle adoptent un dessin légèrement arrondi, signature d’une architecture à l’échelle humaine évitant les angles trop graphiques. La corniche est en bois ouvragé, la toiture en ardoise et métal (rare pour un bâtiment résidentiel), et la volumétrie présente des décrochés peu courants pour des fondations de petits bâtiments.

Approfondissements

Walter Reed (1858-1927) symbolise la trajectoire des entrepreneurs en bâtiment devenus promoteurs et figures politiques municipales caractéristique de la cité de Maisonneuve. Il fut élu maire en 1905, alors que sa propre maison venait d’être achevée l’année précédente. Cette concomitance suggère un investissement délibéré dans le paysage politique : la maison, monument résidentiel de pierre, anticipait l’ascension publique. L’attribution à Charles-Aimé Reeves cohère avec le pattern collaboratif observé entre le maire Reed et l’architecte Reeves pour l’ensemble des commandes publiques du quartier (église du Très-Saint-Nom-de-Jésus, caserne n° 2, et probablement la résidence du maire). Ce qu’on appellerait aujourd’hui « collusion » correspondait alors à un mode de fonctionnement courant des cités de banlieue en croissance rapide.

Photo

Espace réservé pour photo

Arrêt 12. Banques Molson et de Toronto

Énoncé de la visite

Sur la rue Ontario Est, deux banques contemporaines (1911) se font face : la Banque Molson (4250 rue Ontario Est) et la Banque de Toronto (4240 rue Ontario Est). Leur implantation simultanée témoigne de la confiance dans la politique des grandeurs des frères Dufresne et du maire Michaud, à une époque où aucun des bâtiments environnants que nous avons vus n’était encore construit. La Banque Molson, conçue selon la guide par l’architecte Howard Colton Stone (1860-1918), présente une façade en pierre calcaire évoquant les temples antiques, choix classique pour exprimer la stabilité et la confiance attendues d’une institution financière. Une entrée monumentale à pilastres et colonnes de style dorique, avec une ornementation sobre, complète la composition. La banque resta Banque Molson jusqu’en 1925, puis devint Banque de Montréal après le rachat ; elle abrite aujourd’hui un centre funéraire. La Banque de Toronto, en face, se distingue par son revêtement en terre cuite émaillée blanc imitant le marbre, matériau peu courant à Montréal mais à la mode au tournant du siècle. Les ornementations moulées plutôt que sculptées facilitent les réparations en cas de bris. La composition est résolument Beaux-Arts : symétrie, division tripartite, quatre pilastres corinthiens à l’entrée, fronton, inscription « The Bank of Toronto » dans l’entablement, médaillons ovales aux initiales « BT ». L’étage abritait à l’époque les bureaux des frères Dufresne, qui supervisaient depuis ce promontoire les chantiers de la cité.

Approfondissements

L’attribution de la Banque Molson de Maisonneuve à Howard Colton Stone reste à confirmer dans les fiches patrimoniales primaires. Stone, architecte américano-canadien établi à Montréal en 1896, est documenté pour l’immeuble Coristine (1901-1907), l’édifice Beardmore (1902-1903), l’édifice Bank of Ottawa (1903-1904) et notamment pour l’ancien siège social de la Banque Royale, place d’Armes (1907-1908), selon la fiche patrimoniale du Vieux-Montréal. Aucune de ces œuvres ne correspond au magasin Henry Morgan & Co. devenu La Baie au centre-ville (que la guide attribue à tort à Stone) : cet édifice du Square Phillips fut conçu par John W. & Edward C. Hopkins en 1891-1892. De même, l’attribution mentionnée par la guide d’une « banque sociale » au coin Laurier et avenue du Parc, sur le Plateau, à Howard Colton Stone n’est pas documentée dans les sources patrimoniales consultées. La Banque Molson, fondée en 1850 par les frères William et John Molson Jr., fut acquise par la Banque de Montréal en 1925. Le siège social montréalais original (288, rue Saint-Jacques, 1866, par George et John James Browne) constitue le premier exemple Second Empire de la métropole. Le Carrefour jeunesse-emploi du CCSE Maisonneuve occupe aujourd’hui le bâtiment de la Banque de Toronto.

Photo

Espace réservé pour photo

Arrêt 13. Caserne n° 2 et Maison de la culture Maisonneuve

Énoncé de la visite

L’ancienne caserne de pompiers n° 2 de la cité de Maisonneuve (4200 rue Ontario Est, 1906-1907), conçue par Charles-Aimé Reeves, abrite depuis 2005 la Maison de la culture Maisonneuve. Les deux façades principales sont en terre cuite, les façades arrière en briques jaunes, conformément à la pratique économique de l’architecture industrielle de l’époque. L’ornementation tient à un travail subtil de l’appareillage de briques (rangées légèrement saillantes, brique en soldat aux plates-bandes des linteaux, corniche travaillée). Une plaque en pierre, rare élément, porte les noms du maire Walter Reed et des conseillers municipaux, attestation gravée de la collaboration étroite entre le maire et l’architecte. L’implantation de la caserne en 1907 répondait à la croissance industrielle du nord du quartier : la Saint Lawrence Sugar près de Pie-IX, la Canadian Vickers près de Viau. Les usines, qui payaient des assurances majorées en raison de l’éloignement de la caserne Letourneux, soutinrent l’érection d’une seconde caserne. Le bâtiment fonctionna comme caserne jusqu’au milieu des années 1990. La requalification en Maison de la culture fut menée en 2005-2006 par la firme Faucher Aubertin Brodeur Gauthier (FABG), avec un agrandissement à volumes de verre du côté de l’avenue Desjardins. Le projet remporta le Prix d’excellence de l’Ordre des architectes du Québec en 2007 dans la catégorie Conservation et reconversion architecturale.

Approfondissements

La Maison de la culture Maisonneuve fut la première maison de la culture inaugurée à Montréal, le 27 octobre 1981 par le maire Jean Drapeau. Elle logeait initialement à la bibliothèque Maisonneuve, dans l’ancien édifice de l’hôtel de ville de la cité. Le déménagement vers la caserne n° 2 le 30 septembre 2005 permit de libérer la bibliothèque tout en valorisant un autre élément du patrimoine institutionnel du quartier. FABG (Faucher Aubertin Brodeur Gauthier) est une firme montréalaise reconnue pour la réhabilitation de plusieurs casernes-théâtres et lieux culturels. Le projet auquel la guide fait référence sur la rue Sainte-Catherine est l’Esplanade Tranquille, place publique inaugurée en 2021 dans le pôle ouest du Quartier des spectacles à l’angle de la rue Sainte-Catherine et de la rue Clark. Conçue par FABG en consortium avec Fauteux et associés architectes paysagistes, l’Esplanade Tranquille a remporté le Prix national de design urbain de l’Institut royal d’architecture du Canada (RAIC) en 2024. Le projet de la caserne n° 2 illustre plus largement l’approche adaptive de FABG : conservation de l’enveloppe extérieure, intégration de salles multifonctionnelles dans le volume initialement dévolu aux camions de pompiers, ajout d’un volume contemporain en verre signalant la nouvelle vocation culturelle. La salle de spectacle principale, modulable, peut adopter la configuration d’une salle à l’italienne, à scène centrale, en cabaret, en lounge multimédia ou en espace d’exposition.

Photo

Espace réservé pour photo

Arrêt 14. Site de l’ancienne Dufresne et Locke (CLSC actuel)

Énoncé de la visite

À l’emplacement actuel du CLSC Hochelaga-Maisonneuve s’élevait l’usine Dufresne et Locke, entreprise familiale de fabrication de chaussures fondée par Thomas Dufresne, père des frères Marius et Oscar, associé au marchand de cuir Ralph Locke. Oscar Dufresne, échevin et membre de l’équipe d’aménagement de la cité, en dirigeait la production. À son apogée vers 1900, l’usine fabriquait trois mille paires de chaussures par jour et employait environ cinq cents ouvriers (la guide arrondit à cinq cent cinquante). L’entreprise reçut des autorités municipales une subvention de neuf mille dollars et une exemption de taxes de vingt ans en échange de son implantation, illustrant la politique d’attraction industrielle de la cité. En 1904, elle exportait sa production jusqu’en Égypte. L’usine ferma ses portes en 1937, un an après le décès d’Oscar Dufresne en 1936. Le bâtiment ne fut pas conservé.

Approfondissements

La famille Dufresne illustre la trajectoire entrepreneuriale-politique caractéristique de Maisonneuve : Thomas Dufresne fonda l’entreprise familiale de chaussures dans les années 1880 ; ses fils Oscar et Marius transformèrent ensuite l’héritage industriel en projet civique d’envergure, Oscar comme échevin et Marius comme ingénieur municipal et architecte autodidacte. La fermeture de l’usine en 1937 prolongea la dynamique de désindustrialisation déjà entamée par l’annexion forcée de la cité à Montréal en 1918, qui avait fragilisé son tissu institutionnel et financier. Le château Dufresne (4040 rue Sherbrooke Est), monumentale résidence des frères Marius et Oscar Dufresne construite entre 1915 et 1918 par Marius Dufresne en collaboration avec l’architecte Jules Renard, fait partie de cet héritage urbain et constitue un projet patrimonial parallèle, hors du parcours mais constitutif du portrait Dufresne.

Photo

Espace réservé pour photo

Arrêt 15. Watson Foster (Village des Valeurs)

Énoncé de la visite

L’ancienne usine Watson Foster & Co., manufacture de papier peint construite en 1896-1897 par l’architecte Alexander Cowper Hutchison, est un témoin de l’architecture industrielle de la fin du XIXᵉ siècle à Maisonneuve. Hutchison, architecte montréalais éminent, signa par ailleurs le premier hôtel de ville de Montréal et plusieurs pavillons de l’Université McGill. La structure intérieure de bois, la brique rouge, l’ornementation peu détaillée et la corniche à denticules caractérisent l’architecture industrielle utilitaire de l’époque. Le sous-bassement en pierre, les petites ouvertures et la modeste ornementation sur l’entrée surélevée donnant sur la rue Ontario sont également typiques. Le bâtiment originel à quatre étages fut prolongé d’un agrandissement à deux étages à une époque ultérieure. À son implantation en 1896, Watson Foster reçut une subvention de neuf mille dollars et une exemption de taxes de vingt ans, conditionnées à l’engagement de soixante-quinze personnes dont quatre-vingts pour cent de résidents locaux : conditions identiques à celles accordées à la Dufresne et Locke et à plusieurs autres manufactures de la cité. Watson Foster fabriqua du papier peint jusqu’en 1954. Une entreprise de quincaillerie de transport occupa ensuite le bâtiment, jusqu’à l’installation du Village des Valeurs en 1996.

Approfondissements

Alexander Cowper Hutchison (1838-1922) compte parmi les architectes les plus prolifiques de la fin de l’époque victorienne et du début de l’époque édouardienne à Montréal. Son œuvre comprend l’ancien hôtel de ville de Montréal (avec Henri-Maurice Perrault, 1872-1878, brûlé en 1922), la Redpath Hall et le pavillon Macdonald de l’Université McGill, ainsi que plusieurs édifices commerciaux et résidentiels du centre-ville. L’attribution à Hutchison du Musée Redpath par la guide est une erreur : le Musée Redpath fut conçu par Sir Andrew Taylor en 1880-1882 ; l’attribution à Hutchison concerne plutôt d’autres pavillons de McGill. L’usine Watson Foster, par sa taille et sa qualité architecturale, constitue l’un des rares témoins préservés de l’architecture industrielle de la première phase de Maisonneuve. Sa conversion en Village des Valeurs (vente de vêtements et objets seconde main) en 1996 illustre une reconversion adaptive réussie, qui maintient l’usage commercial tout en préservant l’intégrité de l’enveloppe.

Photo

Espace réservé pour photo

Arrêt 16. American Can Company (Renaissance Fripe)

Énoncé de la visite

L’ancienne usine American Can Company (1917-1918), bâtiment blanc en béton armé situé au 2030-2050 boulevard Pie-IX, illustre la transformation radicale de l’architecture industrielle entre la fin du XIXᵉ siècle (structure en bois de Watson Foster, vingt ans plus tôt) et le début du XXᵉ siècle (béton armé). La structure portante en béton armé permet des capacités portantes considérablement plus grandes, des hauteurs sous plafond plus généreuses, l’absence quasi totale de colonnes intérieures, et de très larges fenêtres laissant pénétrer la lumière en profondeur dans le bâtiment. Cette architecture dite d’ingénieur, fonctionnelle et sans ornementation, applique le concept de daylight factory mis au point par Albert Kahn pour la Highland Park Ford Plant de 1909-1910 à Détroit (et non 1904 comme évoqué par la guide). La compagnie American Can Company occupa l’usine jusqu’en 1986. Le 1ᵉʳ janvier 1987, les opérations locales furent reprises par Emballages Onex (Onex Packaging), filiale de la société d’investissement torontoise Onex Corporation, qui poursuivit la fabrication de boîtes de conserves et d’emballages métalliques. Les femmes y fabriquaient des boîtes de cigares, les hommes des canettes : la ségrégation des sexes était également présente dans les fonctions de travail. En 2000, l’entrepreneur immobilier Georges Coulombe, spécialisé dans le recyclage du patrimoine industriel montréalais, en fit l’acquisition pour une transformation en commerces au rez-de-chaussée et bureaux aux étages, à l’instar de plusieurs autres anciennes manufactures du secteur. Le bâtiment abrite aujourd’hui la friperie Renaissance Fripe Pie-IX de l’organisme à but non lucratif Renaissance Québec, qui constitue le pendant institutionnel évoqué par la guide.

Approfondissements

Albert Kahn (1869-1942), architecte germano-américain établi à Détroit, conçut entre 1903 et 1942 plus d’un millier d’usines qui marquèrent durablement l’architecture industrielle mondiale. La Highland Park Ford Plant (1909-1910), première application du daylight factory à grande échelle, intégrait larges fenêtres en façade, structure en béton armé, planchers ouverts sans colonnes intermédiaires, et planification fonctionnelle pour la chaîne d’assemblage automobile. Le modèle fut rapidement adopté en Amérique du Nord et en Europe. La transition American Can vers Emballages Onex en 1987 est documentée par l’Atelier d’histoire de Mercier–Hochelaga-Maisonneuve, qui mentionne explicitement cette continuité corporative. Onex Packaging fait aujourd’hui partie du portefeuille de la société Onex Corporation, l’une des plus importantes sociétés d’investissement canadiennes. La continuité industrielle s’inscrit donc dans une trajectoire corporative identifiable, plutôt que dans les noms fantômes (« Emballages Fléchier » ou « Emballages honnêtes ») évoqués par déformation phonétique dans la transcription audio de la visite. La friperie Renaissance Fripe Pie-IX, exploitée par l’organisme Renaissance Québec, occupe aujourd’hui une partie du site industriel reconverti et témoigne de l’inscription contemporaine du bâtiment dans une économie sociale et solidaire. Pour la « tour de la confiserie » mentionnée par la guide comme exemple de reconversion en condominiums dans le secteur, il s’agit en fait de la chocolaterie Lowney, située à Griffintown (et non dans Maisonneuve), reconvertie en complexe résidentiel par le promoteur Prével en plusieurs phases depuis le début des années 2000.

Photo

Espace réservé pour photo

Arrêt 17. Bibliothèque Maisonneuve et ancien hôtel de ville

Énoncé de la visite

La Bibliothèque Maisonneuve, qui occupe l’ancien hôtel de ville de la cité de Maisonneuve (4120 rue Ontario Est, 1910-1912), constitue le point culminant du parcours et la « cerise sur le sundae » selon les mots de la guide. L’architecte est Joseph-Cajetan Dufort, architecte municipal de Maisonneuve, qui travailla en étroite collaboration avec Marius Dufresne et œuvra souvent dans son ombre. Premier projet construit dans le cadre de la politique des grandeurs, l’édifice illustre par sa monumentalité Beaux-Arts l’ambition civique de la cité : implantation en tête d’îlot avec dégagement sur trois façades en pierre, marches monumentales menant à une porte de bronze, division tripartite (sous-bassement massif, corps rythmé par pilastres et colonnes à chapiteaux composites, couronnement à frise et balustrade), portique avancé surmonté d’un fronton triangulaire portant les armoiries de la municipalité, et escalier intérieur monumental en marbre et fonte avec garde-corps en fonte et main courante en bois sculpté. Le bâtiment porte une riche histoire d’usages successifs. Dès 1912-1914, son sous-sol abritait un laboratoire de pasteurisation et de stérilisation du lait, mesure de santé publique destinée à combattre la mortalité infantile. La pasteurisation devint obligatoire à Montréal en 1926 par règlement municipal et à l’échelle du Québec en 1942 par règlement provincial. Après l’annexion forcée de Maisonneuve à Montréal en 1918, l’édifice servit d’annexe à l’école du Très-Saint-Nom-de-Jésus jusqu’en 1926, puis de siège à l’Institut du radium de Montréal de 1926 à 1967. C’est ici que Mary Travers, dite La Bolduc (1894-1941), première véritable auteure-compositrice-interprète du Québec, mourut du cancer le 20 février 1941. Après diverses utilisations municipales, l’édifice fut transformé en maison de la culture avec bibliothèque le 27 octobre 1981, première maison de la culture inaugurée à Montréal par le maire Jean Drapeau. L’agrandissement contemporain résulte d’un concours d’architecture lancé en 2017, dont le lauréat fut dévoilé en 2018 : le consortium Dan Hanganu architectes (auteur du Musée Pointe-à-Callière) et EVOQ Architecture (anciennement Fournier Gersovitz Moss et associés, FGMA). Le concept ceinture le bâtiment existant de deux ailes vitrées très légères et fenestrées dont les éléments verticaux supérieurs sont légèrement pliés, en évocation des pages d’un livre. Le projet fut accueilli avec hostilité par les résidents, qui revendiquèrent son abandon. Le mouvement de mobilisation provoqua, contre l’avis de la municipalité, le classement du bâtiment et de l’ensemble patrimonial par la Ville de Montréal et le ministère de la Culture du Québec, par avis du 26 mars 2022 (site patrimonial de l’Ancienne-Cité-de-Maisonneuve). À l’extérieur, la place Ernest-Gendreau a été aménagée du côté est, en hommage au Dr Ernest Gendreau (1879-1949), pionnier de la radiothérapie au Québec et fondateur de l’Institut du radium qui logea dans ce bâtiment.

Approfondissements

Joseph-Cajetan Dufort (1872-1956) fut architecte municipal de Maisonneuve avant et après l’annexion à Montréal. Il signa, en plus de l’hôtel de ville, plusieurs bâtiments scolaires et résidentiels du quartier. Sa collaboration avec Marius Dufresne sur les grands projets civiques constitue un cas d’étude de la pratique architecturale collaborative dans les municipalités québécoises du début du XXᵉ siècle. Dan Hanganu (1939-2017), architecte d’origine roumaine établi au Québec, conçut le Musée Pointe-à-Callière (1992) ainsi que de nombreux édifices institutionnels et culturels, dont la Maison du développement durable et la salle Marquise-Lepage. Son consortium avec EVOQ Architecture, firme spécialisée dans le patrimoine bâti (anciennement FGMA, autrice notamment de la restauration de la basilique Notre-Dame de Montréal), constituait une garantie d’expertise patrimoniale pour le projet de Maisonneuve. Mary Travers (La Bolduc), Gaspésienne légendaire, élit domicile dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve. Atteinte de cancer, elle s’éteignit à l’Institut du radium dans cet édifice le 20 février 1941. Plusieurs de ses chansons (« La pitoune », « Toujours l’R-100 », « Le jour de l’an », « La cuisinière ») évoquent la dépression des années 1930 et la misère des petits gens. Une mosaïque commémorative à son effigie est apposée à proximité. Le classement du site patrimonial de l’Ancienne-Cité-de-Maisonneuve par avis du 26 mars 2022 inclut quatre édifices publics principaux (ancien hôtel de ville, ancien marché public, bain et gymnase publics, ancienne caserne de pompiers), l’avenue Morgan, le parc Morgan avec son kiosque et ses vespasiennes, ainsi que les deux sculptures-fontaines en bronze d’Alfred Laliberté (La Fermière et Les Petits Baigneurs). Il témoigne de la reconnaissance institutionnelle d’un ensemble urbain cohérent issu de la politique des grandeurs, après plus d’un siècle d’aléas.

Photo

Espace réservé pour photo

Synthèse de la guide

La cité de Maisonneuve constitue, par la cohérence de son ensemble bâti et la radicalité de son ambition urbaine, un cas unique dans l’histoire municipale du Québec. Pendant à peine huit ans, entre 1910 et 1918, la bourgeoisie industrielle francophone porta le projet utopique d’une ville moderne à l’européenne, monument à la prospérité de sa communauté, dotée d’équipements publics de niveau métropolitain et d’un urbanisme inspiré des plus ambitieuses propositions américaines. L’annexion forcée à Montréal en 1918, sous le poids de la dette, précipita la fin du projet ; l’industrialisation, puis la désindustrialisation, érodèrent ensuite progressivement le tissu institutionnel. Le classement provincial du site patrimonial le 26 mars 2022 reconnaît l’exceptionnalité de l’ensemble qui en demeure, et signale qu’un patrimoine peut être préservé grâce à la mobilisation citoyenne, parfois même contre l’avis initial des pouvoirs municipaux. Les pratiques de conservation continuent d’évoluer : ce qui est aujourd’hui considéré comme la bonne pratique sera peut-être réévalué dans trente ou cinquante ans, comme l’a illustré l’évolution du regard porté sur le patrimoine bâti depuis la fondation d’Héritage Montréal en 1975.

Notes de vérification

Plusieurs points relevés dans la transcription nettoyée demeurent à clarifier avant publication finale. Premièrement, l’attribution architecturale de l’École Chomedey-De Maisonneuve (1929) à Irénée Vautrin reste à valider : Vautrin est effectivement documenté comme architecte (et non seulement comme politicien), mais la source primaire pour ce bâtiment précis (archives du CSSDM ou du Bureau d’architecture de l’archevêché de Montréal de l’époque) demeure à consulter pour confirmer définitivement. Deuxièmement, l’attribution de la reconstruction de l’Église presbytérienne Maisonneuve (1925) à un cabinet « Ross and Gardiner » n’est pas confirmée par les répertoires d’architectes canadiens ; une piste alternative conduit à Ludger Lemieux selon la littérature spécialisée sur la conversion des églises montréalaises, à vérifier dans le fonds d’archives paroissial conservé par l’Atelier d’histoire de Mercier–Hochelaga-Maisonneuve. Troisièmement, l’attribution de la Banque Molson de Maisonneuve (4250 rue Ontario Est, 1911) à Howard Colton Stone est mentionnée par la guide mais reste à confirmer pour cette adresse spécifique ; en revanche, la confusion par la guide entre Stone et le magasin La Baie au centre-ville est ici corrigée (cet édifice est de John W. & Edward C. Hopkins, 1891-1892, alors que Stone est l’auteur de l’ancien siège social de la Banque Royale, place d’Armes, 1907-1908). L’attribution évoquée d’une « banque sociale » au coin Laurier et avenue du Parc à Stone n’est pas documentée dans les sources patrimoniales consultées. Quatrièmement, l’existence d’un système physique de récupération de chaleur entre la chaufferie du Bain Morgan et le Marché Maisonneuve, mentionnée par la guide, demeure à confirmer dans les fiches techniques d’origine. Les sources publiques consultées attestent l’existence d’une chaufferie majeure au bain (un appel d’offres récent porte d’ailleurs sur l’électrification de cette chaufferie), mais ne documentent pas explicitement le conduit énergétique vers le marché. Cinquièmement, le ratio de douze bains publics conservés sur vingt-trois originaux à Montréal demeure une estimation dont la définition exacte (« conservé » au sens de toujours en service, reconverti, ou simplement debout) varie selon les sources ; la formulation prudente d’« une vingtaine de bains publics historiques, dont une partie encore en service et d’autres reconvertis » est préférable. Sixièmement, l’identification précise du successeur d’American Can en 1987 comme Emballages Onex est désormais documentée par l’Atelier d’histoire MHM, ce qui invalide les variantes phonétiques antérieures (« Fléchier », « honnêtes »). Septièmement, la « tour de la confiserie » mentionnée par la guide comme exemple de reconversion en condominiums correspond à la chocolaterie Lowney, située à Griffintown (et non dans Maisonneuve), reconvertie par le promoteur Prével. Huitièmement, la guide attribue par erreur le Stade Saputo à Saucier + Perrotte ; le Stade Saputo (2008) est en réalité l’œuvre de Zinno Zappitelli architectes, agrandi en 2012 par Provencher_Roy. Saucier + Perrotte est l’auteur, avec HCMA, du Stade de soccer de Montréal (2015), un autre équipement situé au Complexe environnemental de Saint-Michel. Neuvièmement, le contrat de réfection de la fontaine La Fermière a été précisé : 313 800,01 $ taxes incluses (appel d’offres 2025-015-P), conformément au procès-verbal de la séance du conseil d’arrondissement du 2 juin 2025, ce qui remplace l’estimation approximative de 300 000 $ mentionnée par la guide.

Notes de parcours rédigées à partir d’une transcription audio nettoyée et fact-checkée de la visite du 16 août 2025, vérifiées contre les sources patrimoniales et institutionnelles disponibles. Les espaces photographiques sont à compléter par les images prises sur le terrain.