Circuit n° 2
Autour de la gare-hôtel Viger : carrefour urbain en mutation
Trame thématique
Le second circuit prend pour fil conducteur la lecture des barrières et des limites urbaines qui ont successivement façonné, fragmenté et tenté de recoudre le secteur situé immédiatement au nord-est du Vieux-Montréal. La visite invite à percevoir, dans la continuité d’un parcours d’à peine quelques centaines de mètres, l’empilement de quatre lignes de fracture historique : l’escarpement naturel qui dévalait jadis vers la rivière Saint-Martin et le fleuve, l’enceinte fortifiée érigée par Gaspard-Joseph Chaussegros de Léry entre 1717 et 1744, l’emprise ferroviaire ouverte par le Canadien Pacifique à partir de 1883, puis la tranchée de l’autoroute Ville-Marie creusée à compter de la fin des années 1960. Chacune de ces limites a engendré, en miroir, des dispositifs urbains visant à atténuer la coupure : l’aménagement du square Viger comme jardin victorien dans la seconde moitié du XIXᵉ siècle, la construction de la gare-hôtel Viger au tournant du XXᵉ siècle, la création du Palais des congrès et du Quartier international à la fin du XXᵉ siècle, et plus récemment l’inauguration de la place des Montréalaises en mai 2025. Le circuit s’inscrit également dans une perspective historiographique : il revisite les transformations majeures observées au cours des cinquante et une années écoulées depuis la fondation d’Héritage Montréal en 1975, et témoigne de l’évolution des pratiques patrimoniales, du passage de la démolition systématique à la conservation intégrée et adaptative.
Arrêt 1. Place des Montréalaises
Énoncé de la visite
La guide ouvre le parcours sur le belvédère de la Place des Montréalaises, inaugurée le 16 mai 2025 par la mairesse Valérie Plante au terme d’un chantier de plusieurs années. Elle rappelle que la Ville de Montréal a lancé en 2017 un concours international pluridisciplinaire d’architecture de paysage, dont l’équipe lauréate, dévoilée en septembre 2018, regroupe la firme Lemay, l’artiste Angela Silver et la firme d’ingénierie AtkinsRéalis. La direction de la conception a été assurée par Andrew King, associé principal et directeur de la création chez Lemay. Le projet propose un grand plan incliné suspendu qui recouvre partiellement la bretelle Berri de l’autoroute Ville-Marie sur environ 125 mètres. Le concept se décline en trois composantes : un pré fleuri intégré au plan incliné, qui regroupe 21 variétés de plantes dans 86 bouquets de plantation et qui rend hommage à 21 figures féminines ; une œuvre miroir cylindrique signée Angela Silver, où sont gravés d’un côté les noms des 14 victimes du féminicide de l’École polytechnique du 6 décembre 1989 et, de l’autre, les noms de 7 pionnières (Jeanne Mance, Harriet Brooks, Idola Saint-Jean, Ida Roth Steinberg, Agnès Vautier, Jessie Maxwell-Smith, Myra Cree) ; et un emmarchement hommage qui met en valeur la verrière de Marcelle Ferron logée dans l’édicule du métro Champ-de-Mars. Une controverse a éclaté quelques jours après l’inauguration, lorsqu’un septuagénaire s’est fracturé trois côtes en chutant dans une rigole pluviale ; des cônes orange, des planches de contre-plaqué et des grilles ont été installés au cours de l’été 2025, et les ajustements d’accessibilité se sont poursuivis en 2026.
Approfondissements
La place est officialisée comme toponyme par la Commission de toponymie du Québec le 5 décembre 2017, sur initiative du Conseil des Montréalaises. Elle s’inscrit dans une stratégie d’ensemble qui inclut le réaménagement de la place Vauquelin, le CHUM, et la place Marie-Josèphe-Angélique adjacente, dédiée à cette esclave noire pendue et brûlée à Montréal en 1734. Coût final d’environ 100 millions de dollars (estimation initiale : 62,4 millions). Stratégie de plantation conçue par Isabelle Dupras, conception lumineuse par l’agence Ombrage. Reconnaissance internationale : mention spéciale aux Architizer A+ Awards et prix Platine aux Grands Prix du design 2022.
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Espace réservé pour photo de l’emmarchement et du miroir cylindrique
Arrêt 2. Champ-de-Mars
Énoncé de la visite
La guide se déplace sur l’esplanade du Champ-de-Mars, ancienne place d’armes des troupes britanniques aménagée à partir des années 1810 sur les terrains rendus disponibles par la démolition des fortifications. Elle attire l’attention sur les vestiges des murs en pierre grise dégagés lors des fouilles archéologiques des années 1980 et mis en valeur dans les années 1990 à l’occasion de la construction du complexe Chaussegros-de-Léry, achevée en 1996. Les fortifications de Montréal, érigées entre 1717 et 1744 d’après les plans de l’ingénieur du roi Gaspard-Joseph Chaussegros de Léry, formaient une enceinte d’environ 3,5 kilomètres de circonférence, ponctuée de bastions et percée de sept portes. Hautes d’environ six mètres, elles n’ont jamais subi d’attaque. Leur démolition, ordonnée par les commissaires royaux nommés en 1801, s’est étalée de 1804 à 1817, ouvrant ainsi de nouvelles voies de circulation et libérant l’expansion vers les faubourgs. La guide rappelle qu’en 1805, la Ville fortifiée comptait 3 156 habitants, alors que les faubourgs en regroupaient près de 5 864 pour un total de 9 020, soit presque le double.
Approfondissements
Les fortifications de pierre succédaient à une simple palissade en bois de cèdre érigée en 1687, percée de sept portes. La transition entre la palissade et l’enceinte de pierre marque la consolidation du rôle militaire de Montréal après la Grande Paix de 1701. Le Champ-de-Mars sert ensuite, au cours du XIXᵉ siècle, à des manœuvres militaires britanniques puis à des rassemblements civiques. Sa requalification contemporaine en place publique pavée, complétée par la construction du stationnement souterrain Chaussegros-de-Léry, a permis la libération du sol pour des aménagements respectueux des vestiges archéologiques.
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Espace réservé pour photo des vestiges des fortifications mis en valeur au sol
Arrêt 3. Rue Saint-Louis : maisons de faubourg
Énoncé de la visite
Empruntant la rue Saint-Louis, la guide attire l’attention sur le caractère étroit et sinueux de cette voie, vestige du tracé du faubourg Saint-Louis qui s’est développé à partir des années 1740 sur les terrains des familles bourgeoises canadiennes-françaises. Les faubourgs de Montréal, soit les faubourgs des Récollets à l’ouest, Saint-Laurent au nord, Saint-Louis au nord-est et Québec à l’est, accueillaient au tournant du XIXᵉ siècle une population d’artisans, d’ouvriers et de cultivateurs. Les règlements urbanistiques y étaient appliqués de manière plus souple qu’à l’intérieur des fortifications, où la maçonnerie en pierre était obligatoire à la suite des grands incendies de 1721, 1765 et 1768. Cette permissivité explique la prédominance de la construction en bois, dont subsistent encore quelques rares témoins.
Approfondissements
La maison de faubourg, type architectural représenté ici, se définit par son implantation en bordure d’une rue étroite, son carré en bois en pièce sur pièce, son élévation d’un étage et demi, son toit à deux versants droits flanqué de deux cheminées en pierre, et la présence fréquente de deux portes en façade avant. Ces habitations, conçues à l’origine comme unifamiliales, étaient souvent allongées au cours du XIXᵉ siècle pour répondre à la croissance des familles et à la division en logements locatifs.
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Espace réservé pour photo du tracé étroit du faubourg Saint-Louis
Arrêt 4. Maison Brossard-Gauvin
Énoncé de la visite
Devant la maison Brossard-Gauvin, située aux 433-435 rue Saint-Louis, la guide présente l’un des deux derniers exemples montréalais de maison de faubourg en bois construite en pièce sur pièce. La partie est de la maison fut érigée entre 1743 et 1758, et un allongement vers l’ouest est documenté autour de 1810, après l’acquisition de l’immeuble par le menuisier Joseph Gauvin en 1805. La fille de Gauvin, Marie-Élisabeth-Éléonore, épousa plus tard l’architecte John Ostell, et la propriété resta dans la famille jusqu’en 1924. Vers 1870, la façade fut lambrissée en brique et un second étage coiffé d’un toit plat fut ajouté. La maison a été classée immeuble patrimonial le 7 juillet 1983 par le ministère des Affaires culturelles. Elle a fait l’objet d’une restauration majeure en 1985-1986, conduite par Ronald Dravigné et Gaëtan Trottier, qui restituèrent la charpente du toit à deux versants et un parement de tôle pincée à la canadienne, recréant l’apparence d’origine.
Approfondissements
La maison Brossard-Gauvin présente un intérêt patrimonial à la fois historique et architectural. Historiquement, elle rappelle l’existence des fortifications montréalaises et la constitution des faubourgs autour de l’enceinte dès la première moitié du XVIIIᵉ siècle. Architecturalement, elle illustre la maison de faubourg dans sa forme typique : carré en bois, élévation d’un étage et demi, toit à deux versants droits flanqué de cheminées en pierre, et deux portes en façade avant. Elle est comprise dans le site patrimonial de Montréal et figure à l’inventaire du Vieux-Montréal.
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Espace réservé pour photo de la maison Brossard-Gauvin
Arrêt 5. Deuxième maison de faubourg avec tôle à la canadienne
Énoncé de la visite
À quelques pas de la précédente, la guide fait observer une seconde maison de faubourg, plus modeste, dont la couverture est exécutée en tôle pincée à la canadienne, technique répandue au XIXᵉ siècle pour ses qualités de durabilité et de résistance au feu. Elle souligne que cet immeuble témoigne, au même titre que la maison Brossard-Gauvin, de la fragilité du patrimoine bâti des faubourgs et de la rareté des survivances. La maison a été identifiée par la Ville de Montréal comme bâtiment d’intérêt patrimonial dans le cadre de ses travaux d’inventaire et de la stratégie de mise en valeur du Vieux-Montréal.
Approfondissements
La tôle pincée à la canadienne est un procédé de couverture qui consiste à former des baguettes verticales (joints debout) à l’aide de bandes de tôle galvanisée pliées et pincées entre elles. Mise au point au Québec à partir du milieu du XIXᵉ siècle, cette technique a remplacé peu à peu les anciennes couvertures en bardeaux de bois ou en tôle à la française. Sa restitution constitue aujourd’hui un marqueur de la restauration patrimoniale fidèle au cadre bâti québécois ancien.
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Espace réservé pour photo de la couverture en tôle pincée à la canadienne
Arrêt 6. Gare Berri
Énoncé de la visite
La guide conduit le groupe devant la gare Berri, construite par le Canadien Pacifique entre 1910 et 1911 et achevée au début de 1912 d’après les plans de l’architecte Walter S. Painter. Cette annexe de deux étages, située dans le prolongement de l’aile ouest de la gare-hôtel Viger, fut érigée pour soulager les installations devenues insuffisantes ; à compter de cette date, l’édifice principal de la gare-hôtel Viger fut intégralement consacré à l’hôtellerie. La gare Berri adopte un plan en T désaxé, des matériaux dominés par la brique, et une expression formelle plus sobre, marquée par l’influence Beaux-Arts (frontons, pilastres, organisation des baies en arcade). Son allure de bâtiment d’appoint résulte de revirements survenus en cours de chantier. La gare cesse ses activités en 1951.
Approfondissements
Walter S. Painter, architecte américain attaché aux grands projets ferroviaires nord-américains, a également signé des extensions du Banff Springs Hotel et d’autres équipements du Canadien Pacifique. La gare Berri, longtemps occupée par des services administratifs municipaux, fait aujourd’hui partie intégrante du complexe ferroviaire de la Place Viger inscrit au RPCQ. Elle compose, avec la gare Dalhousie (1883-1884) et la gare-hôtel Viger (1896-1898), l’ensemble ferroviaire historique du Canadien Pacifique à Montréal.
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Espace réservé pour photo de la façade en brique de la gare Berri
Arrêt 7. Topographie transformée par le chemin de fer
Énoncé de la visite
La guide invite à observer le dénivelé existant entre la rue Saint-Antoine et l’avenue Viger, vestige résiduel de l’escarpement naturel qui descendait jadis vers la rivière Saint-Martin. Au début du XIXᵉ siècle, à l’emplacement actuel du viaduc Notre-Dame, se dressait une colline supportant la citadelle. À partir de 1818, on entreprit de raser cette butte pour faciliter l’expansion de la ville vers l’est. La construction du complexe ferroviaire du Canadien Pacifique entre 1883 et 1911 acheva cette transformation : la compagnie expropria 35 lots entre 1893 et 1895, rasa de nombreuses maisons, supprima le square Dalhousie et redessina l’ensemble du parcellaire. Cette opération constitue, avant les chantiers autoroutiers du XXᵉ siècle, le premier grand bouleversement morphologique du secteur.
Approfondissements
La rivière Saint-Martin, aujourd’hui canalisée et invisible, descendait d’est en ouest vers la rivière Saint-Pierre puis vers le fleuve Saint-Laurent. Son tracé délimitait au nord le faubourg Saint-Louis et marquait la frontière naturelle entre les terres bourgeoises et les premières extensions ouvrières. La topographie actuelle, en partie regagnée par les remblais ferroviaires et autoroutiers, conserve néanmoins un dénivelé palpable, particulièrement sensible le long de la rue Berri et de l’avenue Viger.
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Espace réservé pour photo du dénivelé entre Saint-Antoine et Viger
Arrêt 8. Gare-hôtel Viger
Énoncé de la visite
Devant la silhouette monumentale de la gare-hôtel Viger, la guide rappelle que ce bâtiment fut construit entre 1896 et 1898 d’après les plans de l’architecte new-yorkais Bruce Price, déjà connu comme concepteur du Château Frontenac à Québec et de la gare Windsor à Montréal. L’édifice, conçu pour le Canadien Pacifique à l’initiative de son président Cornelius Van Horne et avec l’appui actif du maire Raymond Préfontaine, conjuguait dans un même ensemble une gare et un hôtel de prestige de 88 chambres. C’est la seule gare-hôtel jamais construite au Canada, et l’une des plus remarquables expressions du style Châteaux au pays. L’édifice accueille ses premiers voyageurs en août 1898. Avec l’ouverture de la gare Berri en 1911-1912, la gare-hôtel Viger est entièrement consacrée à l’hôtellerie. La crise économique de 1929 entraîne la fermeture de l’hôtel en 1935. Le gouvernement canadien occupe les lieux de 1939 à 1950 (centre d’inspection médicale militaire, entrepôt pour la marine marchande, logement pour des familles d’anciens combattants). La Ville de Montréal achète le complexe ferroviaire le 17 octobre 1950, et la gare cesse ses activités en 1951. À la suite de travaux de réaménagement effectués en 1954-1955, la Ville y installe certaines divisions administratives municipales jusqu’en 2006. L’édifice est renommé Jacques-Viger en 1957, en l’honneur du premier maire de Montréal, et vendu à la société Viger DMC International en 2006 pour environ 9 millions de dollars, avant d’être acquis par le Groupe Jesta en 2012 pour 27 millions.
Approfondissements
Les façades du château combinent la pierre grise de Montréal et la brique orange d’Écosse. Le plan en U se compose d’un corps central parallèle à la rue Saint-Antoine et de deux ailes latérales légèrement asymétriques. La toiture, à croupes prononcées et brisées, est ornée d’éléments en cuivre et ponctuée de tourelles d’angle en poivrière qui caractérisent le style « châteaux de la Loire ». La grande arcade qui bordait jadis le rez-de-chaussée a été en grande partie convertie en fenêtres au cours des transformations successives.
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Espace réservé pour photo de la façade château et des tourelles d’angle de la gare-hôtel Viger
Arrêt 9. Complexe Viger contemporain : Place Gare Viger et 810 Saint-Antoine Est
Énoncé de la visite
La guide explique que le Groupe Jesta, propriétaire de l’ensemble depuis 2012, a entrepris la requalification du site sous le nom de Place Gare Viger, projet d’environ 250 millions de dollars annoncé en mai 2014. La première phase, achevée en 2015, a vu l’arrivée comme locataire inaugural de l’entreprise technologique Lightspeed dans le Château Viger ; ses bureaux ont été conçus par la firme ACDF Architecture sur environ 45 000 pieds carrés. La société de vêtements Coalision (marques Lolë et Paradox) s’installe également à cette époque, ainsi que le Brasseur de Montréal. La seconde phase, lancée en 2019 et inaugurée le 5 octobre 2023, comprend une tour résidentielle, des bureaux modernes occupés notamment par Novartis Pharma Canada, et l’aménagement du premier hôtel Hyatt Centric au Canada, le Hyatt Centric Ville-Marie Montréal, qui compte 177 chambres et a ouvert en mars 2023. L’architecture principale de la tour neuve et de l’hôtel a été confiée à la firme Provencher_Roy. À proximité immédiate, au 810 rue Saint-Antoine Est, se trouve un bâtiment brutaliste de deux étages construit en 1973, qui a fait l’objet en 2025-2026 d’un projet de redéveloppement par les promoteurs Broccolini et PUR Immobilia. Ce projet, qui prévoyait 653 logements répartis dans une tour de 18 étages, a été bloqué au printemps 2026 par une demande citoyenne de référendum, le règlement d’urbanisme n’autorisant de plein droit qu’une hauteur de six étages. Les promoteurs ont signalé leur intention de revoir la proposition en concertation avec l’arrondissement Ville-Marie.
Approfondissements
La requalification de la Place Gare Viger, planifiée par Provencher_Roy en collaboration avec le Groupe Jesta, illustre une stratégie de mise en valeur adaptative d’un patrimoine ferroviaire abandonné. La cour intérieure piétonnière, conçue comme espace fédérateur entre les composantes hôtelière, commerciale, résidentielle et de bureaux, constitue l’un des plus vastes espaces verts privés du centre-ville. La construction d’une nouvelle tour de logements adjacente aux bâtiments historiques a soulevé des débats sur l’échelle, la densité et la mise en valeur des qualités patrimoniales du site, débats qui ont culminé avec l’opposition citoyenne au projet du 810 rue Saint-Antoine Est.
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Espace réservé pour photo de la cour intérieure de la Place Gare Viger et du 810 Saint-Antoine Est
Arrêt 10. Édifice Gilles-Hocquart (ancien HEC, BAnQ Vieux-Montréal)
Énoncé de la visite
Devant l’édifice Gilles-Hocquart, situé au 535 avenue Viger Est, la guide présente l’un des plus prestigieux bâtiments Beaux-Arts de Montréal. Construit entre 1908 et 1911 d’après les plans de l’architecte Louis-Zéphirin Gauthier de l’agence Gauthier et Daoust, l’édifice abrita à compter du 4 octobre 1910 la première École des hautes études commerciales du Canada, projet porté par le premier ministre Sir Lomer Gouin et par la Chambre de commerce de Montréal. La guide souligne un anachronisme courant : l’établissement d’enseignement supérieur francophone qui existait à Montréal en 1895 n’était pas l’Université de Montréal mais bien l’Université Laval à Montréal, dont l’immeuble sur la rue Saint-Denis fut inauguré cette année-là. L’Université de Montréal n’est devenue une institution autonome qu’en 1919. L’édifice présente une symétrie absolue d’inspiration Beaux-Arts française, avec un rez-de-chaussée à ouvertures cintrées, deux étages à colonnades ioniques en fonte couronnés par une corniche à gros denticules, un troisième étage surmonté d’un parapet à balustres, et au sommet de la façade, deux grandes sculptures représentant Cérès, déesse de l’agriculture, et Hermès, dieu du commerce, qui personnifient les deux piliers de la formation dispensée à l’école. Les HEC y sont demeurées jusqu’en 1970. Le Collège Dawson y tient un campus de 1970 à 1988. L’édifice est ensuite acquis par la Société immobilière du Québec, puis converti entre 1997 et 1999 par les architectes Dan S. Hanganu et Provencher_Roy en centre d’archives de Bibliothèque et Archives nationales du Québec, ouvert en mai 2000. Le bâtiment est nommé Gilles-Hocquart en 2001, en l’honneur du quatorzième intendant de la Nouvelle-France. L’atrium intérieur abrite désormais les quatre statues monumentales en marbre blanc de Géorgie, dites « Géantes de la rue Saint-Jacques », sculptées par l’Américain Henry Augustus Lukeman en 1907-1908 pour l’ancien siège social de la Banque Royale au 221 rue Saint-Jacques.
Approfondissements
Le complexe Gilles-Hocquart se compose de trois parties distinctes : la maison Marie-Hélène-Jodoin (1871), l’édifice principal des HEC (1908-1911) et l’annexe moderne de 1999. Le complexe est cité immeuble de valeur patrimoniale exceptionnelle par la Ville de Montréal. Le centre d’archives, qui occupe environ 13 000 mètres carrés, accueille plus de 17 000 visiteurs par année. Les quatre Géantes ont été commandées par la Banque Royale pour orner son ancien siège social conçu en 1907-1908 par Howard Colton Stone ; le siège social a été démoli en 1988, à l’exception de la façade, et la Banque a fait don des statues aux Archives en 1999.
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Espace réservé pour photo de la façade Beaux-Arts et des sculptures de Cérès et Hermès
Arrêt 11. Couvent et hôpital des Sœurs de la Miséricorde
Énoncé de la visite
La guide aborde le complexe de l’ancien hôpital de la Miséricorde, situé sur le quadrilatère formé par le boulevard René-Lévesque, les rues Saint-Hubert, Saint-André et De La Gauchetière. Elle rappelle que la communauté des Sœurs de la Miséricorde a été fondée en 1848 à l’instigation de Mgr Ignace Bourget, à la suite des œuvres de Rosalie Cadron-Jetté, qui dès 1845 accueillait les mères célibataires dans une petite maison du faubourg Saint-Laurent. La communauté a fait ériger sur la rue Dorchester (aujourd’hui boulevard René-Lévesque) son institut en 1853, sur un terrain offert par le philanthrope Olivier Berthelet en 1851. L’édifice initial est conçu par l’architecte Victor Bourgeau, qui ajoute en 1859 l’aile ouest. Le complexe s’agrandit successivement, notamment avec le pavillon Saint-Hubert en 1923 et les pavillons sur les rues Saint-André et De La Gauchetière entre 1944 et 1947. L’institution joua un rôle central dans l’histoire de l’obstétrique et de la prise en charge des mères célibataires à Montréal jusqu’au début des années 1970. Santé Québec, propriétaire du site, l’a vendu en mai 2025 à Alta Canada pour 8,5 millions de dollars ; le promoteur projetait d’y construire une tour résidentielle de 28 étages. Mais le 2 septembre 2025, à la suite d’une vive controverse sur l’implantation d’un poste de transformation électrique adjacent à la Grande Bibliothèque, Hydro-Québec annonçait l’acquisition du site auprès d’Alta Canada pour 15 millions de dollars. La société d’État y prévoit la construction d’un mégaposte électrique entièrement intérieur, le « poste Miséricorde », dont le chantier doit s’amorcer en 2030 pour une mise en service en 2034.
Approfondissements
L’attribution à Victor Bourgeau (1809-1888), architecte ecclésiastique et profane prolifique, est documentée par le Biographical Dictionary of Architects in Canada. Le complexe est classé immeuble de valeur patrimoniale exceptionnelle par la Ville de Montréal. Héritage Montréal l’avait inscrit dès 2008 sur sa liste des sites emblématiques menacés. L’organisme à but non lucratif Quadrilatère de la Miséricorde, porté par le Quatuor Quartier Latin, milite depuis 2012 pour un projet mixte intégrant logements sociaux pour familles, résidence pour aînés en situation d’itinérance, ateliers d’artistes et espaces communautaires. Hydro-Québec a annoncé sa volonté de lancer un concours d’architecture pour assurer l’intégration patrimoniale du nouveau bâtiment.
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Espace réservé pour photo du pavillon Bourgeau et des extensions ultérieures
Arrêt 12. Square Viger
Énoncé de la visite
La guide conclut le parcours sur le square Viger, l’un des plus anciens espaces publics de Montréal hors de la vieille ville. Le square fut créé à partir de 1818 sur des terrains donnés à la Ville par les familles bourgeoises canadiennes-françaises Papineau et Viger. Aménagé d’abord comme marché public, il devient à partir de 1860 un jardin d’agrément à la mode victorienne, doté d’une fontaine, de serres, d’un kiosque à musique et d’arbres matures. Il constitua jusqu’aux années 1920 un haut lieu de la vie mondaine de la bourgeoisie francophone de l’est. Le déplacement vers le nord des grandes familles, suivi de la crise de 1929, entraîne son déclin. Entre 1963 et 1984, la construction du tunnel du métro et du tunnel autoroutier Ville-Marie sous le square impose sa démolition complète et sa reconstruction comme dalle artificielle. Sa nouvelle conception, confiée en 1976 à trois artistes du modernisme québécois (Charles Daudelin, Claude Théberge et Peter Gnass) ne sera réalisée qu’en 1983-1984. Le tunnel Viger est inauguré en 1986. À partir de 2012, la firme NIPPAYSAGE prend en charge la mise en valeur du site dans le cadre du 375ᵉ anniversaire de Montréal. Le projet, scindé en deux phases (2017-2018 pour les îlots Chénier et Daudelin, 2018-2020 pour les îlots Théberge et Gnass), conserve 18 des 22 pergolas de béton de Daudelin (sans leurs toitures), restaure « Forces » de Théberge, remet partiellement en service la fontaine « Mastodo » et l’« Agora » de Daudelin, et remplace la « Fontaine » de Peter Gnass par une réinterprétation contemporaine, transformant l’ancien îlot en aire de jeux. Le pavillon café-terrasse de l’îlot Daudelin, conçu par Provencher_Roy, anime aujourd’hui l’ensemble.
Approfondissements
Le projet original de Daudelin, Théberge et Gnass, présenté en 1976, n’avait jamais été réalisé dans son intégralité, ce qui explique en grande partie le sentiment d’inachèvement et l’aspect souvent perçu comme rebutant du square avant 2017. La fontaine Mastodo, prévue pour fonctionner par cycles de quart d’heure avec basculement de la coupole, n’a été en service qu’environ un mois après son inauguration en 1984. Le projet de revitalisation NIPPAYSAGE intègre une restauration patrimoniale, un verdissement substantiel (plus de 50 arbres ajoutés sur l’îlot Chénier, prairies sur les îlots Théberge et Gnass), une mise en lumière conçue par la firme Lightemotion, et un programme d’animation incluant terrains de pétanque, exerciseurs, skatepark, terrain multisport et café-terrasse. Le monument à Jean-Olivier Chénier, sculpté en 1895 par Alfonso Pelzer, a été restauré et déplacé au centre de l’îlot Chénier.
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Espace réservé pour photo des îlots de Daudelin et Théberge
Synthèse de la guide
La guide conclut en rappelant que le secteur arpenté constitue un véritable laboratoire des transformations urbaines de Montréal sur trois siècles. De la palissade de cèdre de 1687 à la place des Montréalaises de 2025, en passant par l’enceinte de pierre de Chaussegros de Léry, l’emprise ferroviaire du Canadien Pacifique, la cicatrice autoroutière de la fin des années 1960 et les multiples campagnes de revitalisation contemporaines, le quartier autour de la gare-hôtel Viger témoigne, mieux qu’aucun autre, des paradoxes et des espoirs de la métropole. Elle invite les participants à mesurer l’ampleur du chemin parcouru depuis la fondation d’Héritage Montréal en 1975 : du « tout démolir » des quartiers ouvriers au « conserver et requalifier » contemporain, le rapport au patrimoine s’est inversé en cinquante et un ans, mais les défis demeurent considérables, notamment en matière de logement abordable et d’adaptation aux changements climatiques.
Notes de vérification et points encore ouverts
L’ensemble des faits, dates et noms propres énoncés dans ces notes a été vérifié par recoupement avec au moins une source institutionnelle, sauf les éléments suivants qui demeurent à confirmer ou qui ont fait l’objet d’une correction par rapport à la transcription originale.
Loi 65 (Loi sur les biens culturels). Contrairement au consensus initial des modèles de relecture (qui suggéraient 1971), la sanction royale de cette loi présentée par la ministre Marie-Claire Kirkland a eu lieu le 8 juillet 1972. Cette précision constitue une correction majeure intégrée dans la version finale.
Vente de la gare-hôtel Viger pour 1 dollar. Cette assertion, présente dans la transcription, est infirmée par les sources patrimoniales : la transaction a eu lieu le 17 octobre 1950 (et non 1951), et aucune source ne mentionne un montant symbolique d’un dollar.
Tunnel Viger construit en 1976. Cette date correspond à la désignation des trois artistes pour la conception du parc en surface ; le tunnel lui-même a été construit entre 1980 et 1985 et inauguré en 1986.
Théâtre expérimental dans l’édifice HEC entre 1993 et 1997. Cet usage n’a pu être documenté par aucune source patrimoniale et a été retiré de la version finale.
Office franco-québécois pour la jeunesse. Le nom officiel de l’organisme est « Office » (et non « Centre ») franco-québécois pour la jeunesse ; sa date d’installation à l’édifice Gilles-Hocquart « depuis 2026 » n’a pu être confirmée par une source institutionnelle.
Projet du 810 rue Saint-Antoine Est. Le caractère brutaliste et la date de construction (1973) sont confirmés ; l’attribution à la firme Jodoin Lamarre Pratte ne figure dans aucun document officiel consulté.
Don des terrains du square Viger. Le rôle direct de Louis-Joseph Papineau (par opposition à son père Joseph Papineau ou à la famille Papineau dans son ensemble) reste imprécis dans les sources patrimoniales ; la formulation a été nuancée en faveur des « familles Papineau et Viger ».
Notes de parcours rédigées à partir de la transcription audio nettoyée et vérifiées contre les sources patrimoniales disponibles. Les espaces photographiques sont à compléter par les images prises sur le terrain.