Héritage Montréal · ArchitecTours

Circuit n° 5

Mile End et Mile-Ex en mutation : quartiers industriels en requalification continue

Date 10 août 2025
Durée 2 h 30 minutes
Distance 4,2 km
Arrêts 14
Tracé en cours…

Trame thématique

Le 5ᵉ et dernier circuit du programme ArchitecTours du 50ᵉ d’Héritage Montréal explore deux quartiers industriels mitoyens, le Mile End et le Mile-Ex, séparés par la voie ferrée du Canadien Pacifique. La guide articule sa lecture du secteur autour d’une structure narrative explicite, énoncée dès l’arrêt introductif : trois grandes vagues économiques se sont succédées dans le secteur Saint-Viateur Est. La première est l’époque ferroviaire et industrielle, qui s’est progressivement essoufflée à mesure que le transport routier (camions, automobiles) remplaçait le rail. La deuxième est la pivot des années 1960 vers l’industrie du vêtement et du textile, dont plusieurs grands bâtiments du quartier témoignent encore. La troisième, à partir des années 1990 et catalysée par l’arrivée d’Ubisoft en 1997, voit l’émergence d’un pôle techno et d’industries créatives qui a redéfini le Mile End. Les bâtiments visités au cours du parcours portent la trace de ces trois phases successives, et le circuit propose une lecture chronologique et thématique de cette stratification.

Trois fils thématiques traversent le parcours en s’articulant à cette trame chronologique. Le premier est la requalification adaptative comme stratégie de protection du patrimoine bâti. À travers treize arrêts qui jalonnent une boucle d’environ trois kilomètres et demi, on observe un éventail complet de solutions, du conservatisme architectural fort (les Lofts de Gaspé qui préservent l’enveloppe industrielle d’origine, les bureaux de Saucier + Perrotte au 7043 Waverly) à la transformation radicale de l’enveloppe (O Mile-Ex, édifice Microsoft du 6795 Marconi), en passant par l’insertion contemporaine sur petit lot (les bureaux d’Henri Cleinge au 165 Beaumont) et la requalification d’équipements publics historiques (Bain Saint-Michel). Le parcours mesure les compromis entre conservation, viabilité économique et adaptation aux usages contemporains, et illustre comment, en cinquante ans, le rapport au bâti industriel s’est inversé : de la table rase comme allant de soi à la requalification comme premier réflexe.

Le deuxième fil est la trajectoire économique du quartier, qui passe d’un pôle industriel polyvalent (machinerie agricole International Harvester, textile, manufactures de vêtements Peck, transformation laitière United Dairy) à un pôle créatif et technologique contemporain (jeu vidéo avec Ubisoft, intelligence artificielle avec Mila et Microsoft Research, architectes et designers). Cette mutation s’appuie largement sur la disponibilité d’espaces industriels reconvertibles à grande échelle, sur les politiques de crédits d’impôt sur les salaires en multimédia mises en place par le gouvernement québécois à partir des années 1990, et sur la concentration géographique d’une main-d’œuvre formée localement.

Le troisième fil est l’évolution des modes de mobilisation citoyenne autour des friches et des bâtiments patrimoniaux. Le Champ des Possibles lui-même, dont l’histoire ouvre le parcours, constitue le cas-type le plus abouti de cette dynamique : ancien terrain ferroviaire menacé en 2006-2009 par un projet de cour de voirie municipale, sauvé par une mobilisation locale qui a abouti à la fondation des Amis du Champ des Possibles en octobre 2010, au rezonage du site en espace naturel en 2013 et à une entente de cogestion avec l’arrondissement la même année. Le parc des Gorilles, conçu après une décennie de mobilisation suite à l’abattage illégal d’une cinquantaine d’arbres en mai 2013, le Jardin du Crépuscule, intervention artistique guérilla initiée en 1999 et progressivement reconnue par la Ville, et Kabane 77, lieu événementiel improvisé dans les vestiges d’un entrepôt préfabriqué incendié en 2019, prolongent cette logique. Le parc des Gorilles est aujourd’hui cogéré par un OBNL constitué pour l’occasion, dans une formule comparable aux Amis du Champ des Possibles, et témoigne de la formalisation progressive d’un modèle montréalais de gestion partagée des espaces publics post-industriels.

La trame s’inscrit explicitement dans le 50ᵉ anniversaire d’Héritage Montréal, fondé en 1975 : le parcours invite à mesurer l’écart parcouru entre les premières luttes patrimoniales pour le bâti ancien du Vieux-Montréal et les enjeux contemporains de protection et de réinvention du bâti industriel récent.


Arrêt 0. Champ des Possibles, point de rendez-vous et présentation du quartier

Énoncé de la visite

Le rendez-vous officiel du circuit a lieu au coin des avenues De Gaspé et de l’allée Saint-Viateur, à l’entrée du Champ des Possibles dans le Mile End, à 12 minutes de marche du métro Rosemont. Contrairement à un simple point de départ logistique, l’arrêt sur place se prolonge environ 25 minutes (de 10 h 30 à 10 h 55) et constitue à part entière une introduction substantielle au quartier et à la trame du parcours. La guide aborde tour à tour les trois vagues économiques du secteur, l’histoire stratifiée du site, sa biodiversité documentée, sa contamination, la mobilisation citoyenne qui en a fait un espace public protégé, et les défis actuels qui structurent son avenir.

La guide ouvre la visite en énonçant la trame des trois vagues économiques qui structurent l’évolution du secteur Saint-Viateur Est. La première est l’époque ferroviaire et industrielle, qui s’est progressivement essoufflée à mesure que le transport routier remplaçait le rail au cours du XXᵉ siècle. La deuxième est le pivot des années 1960 vers l’industrie du vêtement et du textile, dont plusieurs grands bâtiments visibles depuis le Champ des Possibles témoignent encore. La troisième, à partir des années 1990 et catalysée par l’arrivée d’Ubisoft en 1997, voit l’émergence d’un pôle techno et d’industries créatives qui a redéfini l’identité contemporaine du Mile End.

La guide enchaîne avec l’histoire stratifiée du Champ des Possibles. Le nom même du lieu évoque, selon une lecture orale fréquemment rapportée mais non formellement documentée dans les panneaux officiels, un jeu de mots avec « CP » pour Canadien Pacifique, ancien propriétaire ferroviaire du terrain. L’histoire du site se déploie sur plus d’un siècle. Au XIXᵉ siècle, une partie du site servait de carrière de pierre, dont le trou a ensuite été comblé avec des déchets pour devenir un dépotoir municipal du Mile End. En 1906, le Canadien Pacifique acquiert le terrain et y aménage une cour de triage destinée à ses wagons et à la desserte des entreprises voisines (scieries, cours à charbon, ferrailleurs, abattoirs). Le terrain demeure propriété du Canadien Pacifique jusqu’à sa vente à la Ville de Montréal en juin 2009 (et non en 2004, comme l’a évoqué une participante arrivée en cours de visite). À partir des années 1980, avec le déclin du rail, les voies ont été retirées et le site laissé à l’abandon, ce qui a permis à la nature de reprendre ses droits de manière spontanée.

La biodiversité actuelle du site fait l’objet d’un développement détaillé. La guide explique que les corridors ferroviaires ont historiquement facilité la dispersion d’espèces végétales introduites, ce qui contribue à la richesse inhabituelle du Champ. Le site abrite aujourd’hui des espèces indigènes comme introduites (dont certaines invasives), ce qui en fait un véritable laboratoire écologique urbain. Selon le panneau officiel des Amis du Champ des Possibles (catalogue 2017), on a recensé sur le site plus de 423 espèces, dont 217 plantes, 143 insectes, 35 oiseaux, 11 mammifères, et 17 autres espèces. C’est cette biodiversité documentée qui a justifié la protection citoyenne du site comme espace naturel et réserve de biodiversité urbaine, statut formalisé par la Ville depuis 2013.

La guide aborde ensuite la question de la contamination du sol, conséquence directe du passé industriel et ferroviaire du site. Des études révèlent la présence d’hydrocarbures et de métaux lourds (arsenic, étain, zinc, plomb) dans le sol, résultat d’un siècle de dépôts successifs : charbon, mazout, produits pétroliers, métaux, débris d’abattoir. C’est pour cette raison qu’on évite d’y planter des espèces fruitières comestibles destinées à la consommation humaine ; la contamination est compatible avec la faune sauvage mais pas avec un usage alimentaire direct.

La mobilisation citoyenne qui a transformé le statut du site fait ensuite l’objet d’un récit articulé. À la fin des années 2000, vers 2006 à 2009, la Ville de Montréal a dévoilé un plan pour transformer le site en cour de voirie municipale, incluant le prolongement de la rue Saint-Viateur à travers le Champ. La communauté du Mile End s’est mobilisée pour préserver l’espace, avec l’appui du Conseil du patrimoine de Montréal. Cette mobilisation a mené à trois jalons institutionnels successifs. D’abord, la fondation de l’OBNL Les Amis du Champ des Possibles (ACDP) en octobre 2010. Ensuite, le rezonage du site d’industriel à espace naturel en 2013. Enfin, la signature d’une première entente de cogestion entre l’arrondissement du Plateau-Mont-Royal et l’ACDP la même année. Aujourd’hui, l’ACDP et l’arrondissement cogèrent le site, avec des programmes éducatifs, culturels et scientifiques (visites, conférences, bioblitz, contrôle de l’herbe à poux). Le Champ est devenu un symbole de régénération écologique urbaine reconnu à Montréal et au-delà.

La guide conclut ce premier arrêt en évoquant les trois grands défis qui structurent l’avenir du site. Premier défi, l’accès nord est bloqué par la voie ferrée active du Canadien Pacifique, ce qui contraint la circulation à travers le site malgré la présence d’une piste cyclable, le Réseau-vert, qui longe le corridor au nord. Deuxième défi, la décontamination, dont la Ville prévoit l’encadrement par le ministère ; les méthodes envisagées incluent l’excavation, l’injection de réactifs, ou le traitement par plantes et champignons (phytoremédiation et myco-remédiation). L’arrondissement s’engage à protéger autant que possible les arbres matures et la végétation des zones non affectées par le chantier, et à revégétaliser ensuite avec les semences prélevées sur place. Troisième défi, les connexions avec un corridor vert élargi : il est question de relier le Champ au parc linéaire Réseau-vert, aux terrains des Carmélites (monastère adjacent) et à d’autres friches réappropriées comme le Parc des Gorilles que le parcours visitera plus loin, mais cette vision d’ensemble n’est que partiellement réalisée à ce jour.

Approfondissements

La Société écocitoyenne du Champ des Possibles et l’OBNL Les Amis du Champ des Possibles (ACDP) entretiennent une relation institutionnelle complémentaire à clarifier dans le cadre de cette carte. La Société écocitoyenne, fondée en 2013, est mentionnée par certaines sources comme entité cogestionnaire ; les Amis du Champ des Possibles, fondés en octobre 2010, sont l’OBNL signataire de l’entente de cogestion de 2013 selon les sources institutionnelles primaires. Les deux désignations renvoient possiblement à la même structure, ou à une évolution organisationnelle au fil des années ; cette précision mérite vérification auprès des sources institutionnelles directes.

La superficie du Champ des Possibles, d’environ 1,5 hectare, en fait l’un des rares espaces de friche urbaine reconnus à Montréal. Il jouxte le complexe Ubisoft (ancienne usine Peck, voir arrêt 4) au sud, et constitue un point de référence partagé par plusieurs circuits patrimoniaux et écologiques du secteur. L’inscription du site dans la trame d’un corridor vert élargi reliant les terrains des Carmélites à l’ouest, le Réseau-Vert au nord, le Parc des Gorilles plus à l’est et plusieurs friches industrielles reconverties illustre une vision de planification d’ensemble qui dépasse la simple protection ponctuelle d’un site, et qui s’inscrit dans une logique de mobilisation citoyenne progressivement institutionnalisée à Montréal depuis le début des années 2000.

Le quartier traversé par le circuit correspond historiquement à la cité de Saint-Louis-du-Mile-End, incorporée en 1878, devenue Cité de Saint-Louis en 1895, et annexée à Montréal le 1ᵉʳ janvier 1910 (la décision d’annexion ayant été prise en 1909). Au moment de l’annexion, Saint-Louis comptait près de 40 000 habitants et environ 5 000 travailleurs, dont une part importante employée dans les manufactures textiles et de vêtements installées à proximité de la voie ferrée du Canadien Pacifique. Saint-Louis fut, à cette époque, la troisième plus grande ville du Québec après Montréal et Québec.

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Espace réservé pour photo de l’entrée du Champ des Possibles au coin De Gaspé × allée Saint-Viateur, et pour une photo de la végétation spontanée du site


Transition vers l’avenue de Gaspé

À l’issue de l’arrêt prolongé au Champ des Possibles, la guide annonce la transition vers le premier bâtiment du parcours en marchant cinq minutes vers l’avenue de Gaspé (de 10 h 55 à 11 h 00). Elle invite les participants à observer en chemin l’alignement caractéristique de plusieurs bâtiments du secteur, qui reflète les phases successives identifiées dans la trame des trois vagues. Plusieurs grandes mégastructures du secteur, comme le complexe De Gaspé 5445/5455 daté de 1972, témoignent de la phase textile des années 1960 et 1970 ; un bâtiment plus modeste intercalé dans cet alignement constitue, selon la guide, un vestige de l’échelle industrielle plus ancienne du secteur (fin XIXᵉ et début XXᵉ siècle), bien que l’identification précise de ce bâtiment mérite vérification sur place. La consigne de groupe rappelée à ce moment est simple : la guide marche en tête, la serre-file ferme la marche, et le groupe demeure rassemblé sur le trottoir.


Arrêt 1. Lofts de Gaspé (av. De Gaspé)

Énoncé de la visite

Le premier arrêt narratif du parcours s’arrête vers 11 h 00 devant un bâtiment aujourd’hui appelé Lofts de Gaspé, situé sur l’avenue De Gaspé. Selon la guide, le bâtiment daterait de 1922 et aurait d’abord été un garage, un entrepôt et une salle d’exposition pour la compagnie International Harvester, spécialisée en machinerie agricole. La guide attribue la conception à un architecte américain dont le nom prononcé phonétiquement laisse soupçonner une transcription fautive (probablement la firme Prack & Prack de Hamilton, en Ontario, ou un membre de cette famille d’architectes industriels). Ces éléments demeurent à confirmer auprès de la fiche patrimoniale de la Ville de Montréal.

À l’époque, un embranchement ferroviaire dévié de la ligne principale du Canadien Pacifique desservait directement le bâtiment, ce qui explique en partie le choix de cet emplacement par International Harvester. La guide souligne la structure caractéristique du bâtiment : béton armé avec poutres et colonnes apparentes en façade, remplissage de maçonnerie en appareil américain (six rangs de briques posées sur leur long côté, suivis d’un rang de briques tournées en boutisse pour assurer la liaison), grandes fenêtres pour l’éclairage naturel, ornementation minimale. Le bâtiment compte trois étages selon la guide, ou possiblement quatre selon les fiches immobilières du 5265 De Gaspé consultées.

À partir des années 1960, avec le déclin des activités ferroviaires à Montréal et l’essor de la confection textile, le bâtiment a abrité diverses entreprises textiles. La guide mentionne notamment Black Knitting Mills, manufacture documentée dans le Canadian Trade Index de 1954 mais à l’adresse 5120 Saint-Dominique plutôt qu’à l’adresse actuelle, ce qui peut indiquer soit une succession d’occupants, soit une confusion d’adresses dans la transcription audio.

En 2012, le bâtiment a été acheté et décontaminé, puis converti en lofts en 2014. Au rez-de-chaussée, des maisons de ville sur deux étages ; aux étages supérieurs, des lofts. La guide annonce 24 lofts ; les sources immobilières (iResidence) indiquent toutefois 31 lofts et 6 maisons de ville. Les architectes de la conversion sont la firme UN Architecture (unarchitecture.com), qui a conservé la structure, la charpente et même les gicleurs et la ventilation industrielle d’origine. L’extérieur demeure essentiellement identique à celui des années 1920, et des terrasses ont été ajoutées sur le toit.

Approfondissements

International Harvester, fondée en 1902 à Chicago par la fusion de plusieurs fabricants américains de machinerie agricole, fut l’une des plus importantes compagnies industrielles nord-américaines du XXᵉ siècle. Son réseau de garages, d’entrepôts et de salles d’exposition s’étendait à travers le continent, et plusieurs villes canadiennes accueillaient ses installations. Une fiche d’archives à Bibliothèque et Archives Canada documente plusieurs dessins architecturaux d’International Harvester réalisés par des firmes diverses ; la confirmation de la commande montréalaise spécifique à un architecte particulier reste à établir.

Le mode de réutilisation adoptée pour les Lofts de Gaspé illustre une approche de conservation qui privilégie l’enveloppe extérieure et la lisibilité des éléments structurels (colonnes en béton apparentes, charpente, gicleurs industriels conservés à la vue) plutôt qu’une restitution à neuf. Cette approche, courante depuis les années 2000, contraste avec les interventions plus radicales qui seront observées plus loin dans le parcours (O Mile-Ex à l’arrêt 10, édifice Microsoft à l’arrêt 11). La transition narrative voulue par la guide à la fin de cet arrêt mène d’un projet de réutilisation industrielle à un projet de réutilisation d’un bâtiment public, le Bain Saint-Michel.

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Espace réservé pour photo de la façade des Lofts de Gaspé et du parement de briques en appareil américain


Arrêt 2. Bain Saint-Michel (ancien Bain Turcot)

Énoncé de la visite

Le deuxième arrêt s’attarde devant le Bain Saint-Michel, anciennement Bain Turcot, situé sur la rue Saint-Dominique. Construit entre 1909 et 1910 et inauguré en octobre 1910, le bâtiment appartient à la grande vague de bains publics municipaux érigés à Montréal entre 1880 et 1930, à une époque où la plupart des logements disposaient de l’eau courante mais pas d’installations pour se laver. Le projet fut porté par Napoléon Turcot, dernier maire de la cité de Saint-Louis (1908-1910), juste avant l’annexion à Montréal. Comme plusieurs villes sur le point d’être annexées, Saint-Louis avait surdépensé et manquait de fonds ; Turcot présenta le projet juste avant l’annexion en sachant que Montréal hériterait de la dépense. Le bâtiment fut nommé en son honneur.

L’architecte est Zotique Trudel (1871-1931), à qui l’on doit également le Marché Saint-Jacques (reconstruit en 1931 en collaboration avec Joseph-Albert Karch). Le bâtiment est d’inspiration Beaux-Arts : façade symétrique, pilastres, fronton triangulaire, grande fenêtre en œil-de-bœuf, ornementation riche sur la façade avant, et l’inscription gravée « BAIN PUBLIC » au-dessus de l’entrée principale qui se trouve sur le côté, sur la rue Saint-Dominique. La maçonnerie est en brique chamois (buff brick), caractéristique de la période Beaux-Arts à Montréal.

La guide affirme que Montréal aurait préservé environ douze des vingt-trois bains publics originaux, dont sept seraient devenus des piscines municipales et cinq auraient été reconvertis (musée, lofts, logement communautaire, centre culturel). Les sources varient toutefois sur le nombre exact de bains construits (la thèse de l’INRS cite 22 bains construits) et sur la définition du terme « préservé » (toujours en service comme piscine, reconverti, ou simplement debout). L’affirmation que Montréal détiendrait le plus grand nombre de bains publics préservés en Amérique du Nord est fréquemment répétée dans les discours patrimoniaux mais n’a pas été formellement documentée dans les sources consultées.

La chronologie corrigée du bâtiment est la suivante. La construction (plans de Zotique Trudel) a lieu en 1909-1910 ; l’inauguration sous le nom de Bain Turcot suit en octobre 1910. En 1936-1937, le bâtiment connaît une modernisation et est renommé Bain Saint-Michel, en référence au quartier et à la paroisse Saint-Michel. La piscine ferme en 1993. En 1998, le lieu rouvre comme espace de diffusion pour artistes émergents. En 2014, il est de nouveau fermé pour rénovation, mais les travaux sont interrompus faute de fonds. En 2023, le projet initial de rénovation est officiellement annulé en raison de l’explosion des coûts. Les travaux ont repris à l’été 2025 et la réouverture est prévue en 2027 comme centre culturel. Le nom de firme « Patriarche Architecture » mentionné par la guide pour les nouveaux travaux n’apparaît pas dans les sources consultées et est probablement une erreur de transcription. Les éléments à conserver dans la rénovation incluent la grande fenêtre en œil-de-bœuf, le bassin avec sa profondeur dégressive et le revêtement de mosaïque.

Approfondissements

Zotique Trudel fut l’un des architectes municipaux importants de Montréal du tournant du XXᵉ siècle, signataire de plusieurs équipements publics dont le Bain Turcot et le Marché Saint-Jacques. Son œuvre s’inscrit dans la mouvance Beaux-Arts qui marque l’architecture institutionnelle montréalaise entre 1900 et 1930, période durant laquelle plusieurs municipalités de l’île investissent dans des équipements collectifs monumentaux destinés à signaler leur prospérité.

À l’issue de la présentation du Bain Saint-Michel, la guide ouvre une parenthèse en réponse à des questions du public sur les coûts des rénovations patrimoniales. Les grands postes sont la mise aux normes du code du bâtiment (issues de secours, distances aux sorties), la structure (fondations, éléments affaiblis), et le programme (usage visé contre l’espace disponible). La préservation du patrimoine ajoute également des contraintes spécifiques : par exemple, un toit de cuivre sur une église doit être remplacé en cuivre, non par un matériau standard. La brique chamois utilisée au Bain Saint-Michel aurait selon la guide été importée d’Écosse et se retrouverait au Collège Dawson (qui occupe l’ancienne maison mère de la Congrégation de Notre-Dame, 1904-1908). La comparaison avec Dawson est plausible pour la matérialité globale, mais l’origine écossaise spécifique de la brique du Bain Saint-Michel n’est pas documentée dans les sources consultées.

Le Bain Saint-Michel s’inscrit dans la lignée patrimoniale des bains publics de Montréal au même titre que le Bain Morgan (Maisonneuve, voir Circuit n° 4) ou le Bain Hochelaga, et participe à un récit institutionnel commun sur l’hygiène publique et la modernisation des municipalités au tournant du XXᵉ siècle.

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Espace réservé pour photo de la façade Beaux-Arts et de l’inscription « BAIN PUBLIC »


Arrêt 3. Ancien bâtiment United Dairy (5434 rue Saint-Dominique)

Énoncé de la visite

Le troisième arrêt se déplace vers le 5434 rue Saint-Dominique, devant l’ancien bâtiment de United Dairy. La guide met en évidence le rôle historique de Montréal, et plus particulièrement du Mile End, dans l’industrie de la transformation laitière. La guide affirme qu’« en 1926, le Québec rend obligatoire la pasteurisation du lait », mais cette assertion ne se vérifie pas à l’échelle provinciale. À l’échelle municipale montréalaise, la pasteurisation devient obligatoire en 1926 par règlement, ce qui peut expliquer la confusion ; la généralisation à l’ensemble du Québec n’intervient qu’en 1942 par règlement provincial. À titre de référence comparative, Toronto avait imposé la pasteurisation dès 1914 et l’Ontario en 1938.

Le Mile End est devenu un site clé de transformation laitière grâce à la proximité de la voie ferrée et à la densité urbaine. Les fermes des Laurentides et de la Montérégie expédiaient leur lait par rail (lignes du Canadien Pacifique notamment), et il était transformé sur place en ville. Le bâtiment a été construit en 1933 (et non 1934 comme annoncé par la guide) par l’architecte Charles Davis Goodman (1894-1962), qui a aussi conçu l’Hôpital général juif (avec J.C. McDougall, ouvert en 1934), l’Hôtel Laurentien (1948, démoli 1977-1978) et le restaurant Ben’s De Luxe (1950, démoli 2008). Le bâtiment est de style Art déco et moderniste : retrait triangulaire à la porte, motifs de brique complexes, contrastes de couleur, accents en pierre artificielle, et l’inscription « United Dairy Company Limited » gravée dans un cartouche central.

La chronologie corrigée des occupants est la suivante. United Dairy est fondée en 1930 par Robert Brettschneider et Jacob Rottermund (locaux loués avenue Casgrain). En 1933, l’entreprise emménage dans le bâtiment construit sur mesure au 5434 Saint-Dominique. En 1938, après dix-neuf condamnations judiciaires, la compagnie fait faillite. De 1938 à 1954, le bâtiment est occupé par Snowdon Dairy, incorporée par Brettschneider seul en septembre 1938 (continuité partielle d’un des deux fondateurs originaux). De 1953 à 1958, le bâtiment héberge également les bureaux de North End Milk Distribution. À partir des années 1960 et jusque dans les années 1990, le bâtiment connaît des usages textiles (confection de vêtements). Dans les années 2000, il tombe à l’abandon et se dégrade. En 2009, il est restauré pour accueillir Latitude Nord, un détaillant de meubles, avec entrepôt et bureaux au rez-de-chaussée et un appartement à l’étage (au singulier, selon Mile End Memories ; la guide a mentionné par erreur deux unités).

Approfondissements

Charles Davis Goodman fut l’un des architectes commerciaux et institutionnels prolifiques du Montréal de l’entre-deux-guerres et de l’après-guerre. Son œuvre couvre des typologies très diverses, de l’architecture hospitalière à l’hôtellerie, en passant par la restauration et le bâtiment industriel. Le bâtiment United Dairy témoigne d’une expression Art déco appliquée à un programme industriel, registre relativement rare à Montréal pour cette typologie.

La transformation laitière en milieu urbain disparaît progressivement de Montréal à partir des années 1960, parallèlement à la consolidation de l’industrie agroalimentaire et à la délocalisation des installations vers les grands centres ruraux et périurbains. Les bâtiments laissés vacants par cette mutation industrielle deviennent disponibles pour des usages textiles, puis pour des reconversions commerciales et résidentielles. Le 5434 Saint-Dominique illustre cette trajectoire d’usages successifs, courante dans le Mile End, en intégrant un usage commercial au rez-de-chaussée et un usage résidentiel à l’étage, formule de mixité fréquente dans les reconversions du quartier.

À l’occasion d’une question d’un participant sur les bâtiments anciens et les bâtiments neufs accolés, la guide précise qu’il y a toujours un mur coupe-feu entre les deux structures, qu’il n’existe pas de style architectural spécifiquement nommé pour cette juxtaposition, et que les architectes suivent plutôt le principe de respecter leur époque, c’est-à-dire de rendre lisible la distinction entre l’ancien et le moderne, conformément à la Charte de Venise et aux principes courants de conservation du patrimoine bâti.

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Espace réservé pour photo de la façade Art déco et de l’inscription « United Dairy Company Limited »


Arrêt 4. Édifice Peck (5505 boulevard Saint-Laurent)

Énoncé de la visite

Le quatrième arrêt se positionne devant probablement le plus grand bâtiment de la visite : l’ancienne manufacture de vêtements de la J. W. Peck & Co., aujourd’hui occupée principalement par le studio montréalais d’Ubisoft. Le récit commence en 1902, lorsque John W. Peck, négociant et manufacturier de vêtements, propose à la cité de Saint-Louis de s’y installer en échange d’un boni de 30 000 $ (finalement ramené à 20 000 $) et d’un congé de taxes de vingt ans, à condition d’employer principalement des résidents locaux. Le contrat est signé le 13 mai 1903 et prévoit la construction d’un édifice de quatre étages coûtant 50 000 $, prêt au printemps 1904. Les architectes sont Joseph Perrault et Simon Lesage (et non « Joseph Thoreau » comme prononcé par la guide en raison d’une déformation phonétique). Entre 1907 et 1913, un agrandissement est réalisé le long de la rue Saint-Dominique pour porter l’effectif à 800 employés ; l’aile est ouverte en 1913.

Le bâtiment compte quatre étages avec un sous-sol surélevé (et non cinq étages selon la plaque patrimoniale, bien que Wikipédia parle d’un « five-story building » en comptant le sous-sol). La structure est en bois porteur avec maçonnerie portante, les fenêtres sont généreuses pour l’éclairage des postes de travail, et les allèges sont plus hautes sous les fenêtres pour permettre l’installation d’établis. Au moment de l’annexion de Saint-Louis à Montréal, la cité comptait près de 40 000 habitants et environ 5 000 travailleurs, et Peck en employait jusqu’à 800 (chiffre-objectif de l’agrandissement de 1913 ; en 1909, les sources documentent que 236 résidents de Saint-Louis travaillaient effectivement chez Peck). La manufacture est restée active dans la confection jusque dans les années 1950, et le bâtiment a été subdivisé pour différents locataires à partir des années 1930.

La reconversion contemporaine commence en 1993, lorsque Discreet Logic, entreprise montréalaise de logiciels d’animation, occupe le cinquième niveau, avant de déménager vers Griffintown en 1997. La même année 1997, Ubisoft, concepteur français de jeux vidéo, ouvre son premier bureau montréalais au cinquième étage avec environ cinquante employés. Ubisoft a négocié un crédit d’impôt sur les salaires auprès du gouvernement québécois, allant jusqu’à 37,5 % du salaire (avec un sommet historique à 50 %), dans le cadre du crédit d’impôt pour la production de titres multimédias. La guide parle de « 30 quelque chose pour cent », ce qui correspond aux taux actuels (30 % pour les productions non en français, 37,5 % pour celles en français). Cette politique a attiré de nombreux studios à Montréal et a fait de la métropole l’une des capitales mondiales du jeu vidéo, parmi les cinq premières juridictions mondiales pour le développement de jeux. En 2013, un concours d’architecture organisé par Ubisoft et le Bureau du design de Montréal est remporté par la firme Lemay. La guide cite également d’autres firmes comme Jodoin Lamarre Pratte, GLP, LaMarche et ad hoc architectes pour des interventions ultérieures (2016-2018), bien que ces attributions précises restent à confirmer. Le bâtiment abrite aujourd’hui des restaurants, une terrasse sur le toit, et conserve une forme en L composée d’un premier rectangle (1904) et d’un deuxième rectangle (1913) accolés, sans cour intérieure.

Approfondissements

Joseph Perrault (1856-1932) fut l’un des architectes francophones les plus prolifiques de Montréal entre 1880 et 1920. Sa pratique couvre l’architecture institutionnelle, religieuse et industrielle. L’attribution de l’Édifice Peck au tandem Perrault-Lesage est documentée par les sources patrimoniales primaires consultées par Mile End Memories, ce qui corrige définitivement la déformation phonétique « Joseph Thoreau » introduite par la transcription audio.

Les crédits d’impôt québécois sur les salaires en multimédia, créés en 1996 et toujours actifs en 2026, constituent un des leviers économiques les plus importants pour l’industrie créative montréalaise. Ils visent à compenser l’écart salarial entre Montréal et les grands pôles concurrents (Vancouver, Seattle, San Francisco) et ont contribué à l’établissement durable d’Ubisoft, Electronic Arts, Eidos-Montréal, Square Enix, Behaviour Interactive et plusieurs autres studios majeurs. Le dispositif a fait l’objet de débats politiques périodiques (sur son ampleur et ses effets de cannibalisation budgétaire), notamment dans le rapport critique du Globe and Mail en 2016 et le reportage de NPR en 2022.

À une question du public sur la valeur architecturale, la guide rappelle que les critères patrimoniaux ne se limitent pas à l’esthétique extérieure mais incluent aussi l’architecte, l’usage historique et l’importance dans l’histoire de Montréal. Elle cite l’exemple des silos du Vieux-Port, peu valorisés esthétiquement mais essentiels à l’histoire portuaire de la ville. À une question complémentaire sur la démolition des bâtiments sans valeur architecturale apparente, la guide précise qu’on regarde la sécurité, les usages possibles et l’état d’abandon, plutôt que d’autoriser une démolition automatique.

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Espace réservé pour photo de la façade Saint-Laurent et de la forme en L du bâtiment


Arrêt 5. Ancienne gare du Mile End et Kabane 77

Énoncé de la visite

Le cinquième arrêt se trouve aux abords des terrains de basketball actuels qui occupent l’ancien emplacement de la gare du Mile End. La chronologie corrigée du site est la suivante. En 1877, une première gare du Mile End est construite sur le côté est du boulevard Saint-Laurent, près de la rue Bernard. En 1911, une deuxième gare plus grande la remplace. En 1931, le service ferroviaire est déplacé à la gare Park Avenue (aujourd’hui près de la station de métro Jean-Talon, sur le site de l’actuel parc Jean-Talon), et la gare du Mile End ferme. Entre les années 1930 et les années 1990, le bâtiment est loué à diverses industries (entreposage, manufacture légère). Entre 1959 et 1960, le grossiste en revêtements de sol Congress Flooring construit un entrepôt d’acier préfabriqué d’environ 11 500 pieds carrés au 77 rue Bernard Est, sur un terrain loué au Canadien Pacifique. En 1970, la gare du Mile End est démolie pour faire place au viaduc Rosemont-Van Horne. Le 15 juillet 2009, le Canadien Pacifique vend le terrain (qui inclut le futur Champ des Possibles et l’entrepôt de Congress Flooring) à la Ville de Montréal.

En 2012, des artistes lancent Kabane 77 (et non « Caban 77 » ou « Sofia 77 » comme prononcé phonétiquement par la guide), avec l’ambition d’en faire un lieu de cinéma indépendant. La Ville résiste d’abord à cette appropriation. En 2018, un usage transitionnel comme lieu d’événements est négocié. En 2019, un incendie détruit les murs extérieurs ; seule la charpente métallique préfabriquée d’origine subsiste. Depuis 2019, des consultations publiques sont en cours pour redessiner le site et le connecter au Champ des Possibles.

Approfondissements

La gare du Mile End (1877, puis 1911) faisait partie du réseau de gares secondaires du Canadien Pacifique sur l’île de Montréal. Sa fermeture en 1931 et le transfert vers la gare Park Avenue (devenue gare Jean-Talon) reflète la rationalisation progressive du réseau ferroviaire urbain au cours du XXᵉ siècle, parallèlement à la montée des modes de transport routier. La démolition tardive du bâtiment, en 1970, pour permettre la construction du viaduc Rosemont-Van Horne, témoigne d’une époque où la conservation du patrimoine ferroviaire n’était pas systématiquement valorisée. La séquence de la vente (2009) postérieure à la démolition (1970) corrige une inversion temporelle qui pouvait s’inférer de la formulation orale de la guide.

Kabane 77, comme le Jardin du Crépuscule (voir arrêt 8), illustre un mode de production culturelle caractéristique de Montréal où l’intervention citoyenne ou artistique précède la reconnaissance institutionnelle. L’incendie de 2019, qui a réduit le bâtiment à sa charpente métallique, a paradoxalement renforcé sa valeur symbolique pour la communauté locale, qui voit dans cette structure dénudée un repère du potentiel transformateur de la friche urbaine. La fiche Memento d’Héritage Montréal consacrée à Kabane 77 documente plusieurs des étapes de cette mobilisation. La connexion projetée entre le site de Kabane 77 et le Champ des Possibles, déjà évoquée par la guide à l’arrêt 0 dans le contexte des défis du Champ, illustre la vision d’un corridor vert élargi qui structure plusieurs débats urbanistiques en cours dans le secteur.

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Espace réservé pour photo des terrains de basketball à l’emplacement de l’ancienne gare et de la charpente métallique de Kabane 77


Arrêt 6. Viaduc Rosemont-Van Horne et skatepark

Énoncé de la visite

Le sixième arrêt se déplace sous le viaduc Rosemont-Van Horne, qui sépare le Mile End du Mile-Ex et qui constitue l’un des éléments d’infrastructure les plus emblématiques du secteur. Le viaduc a été construit entre 1969 et 1972, et non seulement « en 1972 » comme l’annonce la guide (1972 correspond à l’année d’achèvement). En 2017, la Ville annonce un concours d’architecture et d’ingénierie pour démolir et reconstruire le viaduc, avec un coût estimé entre 90 et 100 millions de dollars. En 2018, la Ville repousse le projet, estimant qu’il reste dix ans de vie utile à la structure. En 2026, on approche en effet de cette échéance, et le sort du viaduc constitue une question urbanistique active dans les consultations publiques en cours sur l’Entrepôt Van Horne (voir arrêt 7).

Sous le viaduc, un skatepark développé en 2019 occupe l’espace résiduel. Sa conception est due aux paysagistes Rousseau Lefebvre avec TOPO Architecture de paysage (et non à un cabinet « Fe » comme entendu phonétiquement par la guide), en partenariat avec l’Association skateboard Montréal. C’est le premier skatepark de Montréal avec une section bowl complète et un snake run, et le plus grand street-style park du Québec à son ouverture.

Approfondissements

Le viaduc Rosemont-Van Horne, en plus de constituer une frontière physique entre les deux quartiers, structure les flux automobiles est-ouest dans la portion centrale-nord de l’île. Sa démolition et sa reconstruction soulèvent des enjeux techniques considérables (gestion de la circulation, coordination avec le Canadien Pacifique propriétaire du corridor ferroviaire, intégration urbaine), qui expliquent les reports successifs du chantier malgré l’âge avancé de la structure.

Le skatepark sous le viaduc illustre une approche contemporaine de l’urbanisme qui consiste à reconquérir les espaces résiduels d’infrastructures lourdes (sous les viaducs, le long des voies ferrées, dans les emprises d’autoroutes) pour leur donner des usages publics actifs. Cette approche, qu’on retrouve aussi avec le Réseau Vert (arrêt 8) et avec la coulée verte le long de l’autoroute Ville-Marie évoquée dans le Circuit n° 4 (Maisonneuve), témoigne d’une évolution récente de la pensée urbanistique vers la requalification de l’existant plutôt que la production d’espaces neufs.

À l’issue de cet arrêt, la guide rappelle aux participants que le prochain arrêt portera sur l’Entrepôt Van Horne, dont la silhouette emblématique avec sa tour d’eau est désormais visible un peu plus à l’ouest le long de la voie ferrée.

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Arrêt 7. Entrepôt Van Horne

Énoncé de la visite

À l’entrée du sentier vert qui longe la voie ferrée, la guide présente l’Entrepôt Van Horne, situé au 1 et 55 avenue Van Horne, à l’angle du boulevard Saint-Laurent. Elle raconte la saga politique et juridique qui entoure la construction du bâtiment actuel. En 1903, l’entrepreneur Wilfrid Duquette achète le terrain et y érige un petit bâtiment commercial de deux étages. Entre 1906 et 1908, le maire de la cité de Saint-Louis, Napoléon Turcot, dernier maire avant l’annexion à Montréal en 1910, fait avancer plusieurs grands projets municipaux, dont la prolongation du boulevard Saint-Laurent par un viaduc passant sous la voie ferrée du Canadien Pacifique. Wilfrid Duquette, qui dirige aussi une entreprise de construction, remporte le contrat évalué à 80 000 $, et le viaduc est complété en 1911. Une fois l’ouvrage en place, Duquette poursuit la Ville de Montréal pour 100 000 $, faisant valoir que le viaduc dévalue son terrain en lui retirant l’accès direct au boulevard Saint-Laurent et en laissant son bâtiment dans une géométrie défavorable. Le règlement intervient en 1917, pour un montant de 48 000 $. C’est avec cette somme que Duquette fait démolir le bâtiment de 1903 et construit en 1924 l’entrepôt actuel de sept étages en béton armé revêtu de briques.

La guide attire l’attention sur la forme irrégulière du bâtiment, conséquence directe de la géométrie du lot coincé entre l’avenue Van Horne au sud et la voie ferrée au nord. La structure de béton est exposée, les façades sont en brique, et les ouvertures sont volontairement minimales : aucune sur la façade arrière côté rail, peu sur la façade principale côté avenue, conformément à l’usage d’entreposage. Au sommet, une tour d’eau métallique demeure visible : l’une des dernières du secteur, hors service depuis 1992 mais conservée pour son caractère emblématique.

À l’occasion d’une question du public, la guide aborde la fonction des tours d’eau industrielles. Elles constituaient le cœur du système de protection contre les incendies, stockant un grand volume d’eau qui pouvait être déchargé dans les conduites en cas de sinistre, à la manière d’un ancêtre des systèmes de gicleurs modernes. Avec la généralisation de ces derniers, la plupart des tours ont été démantelées lors des rénovations ; celle-ci, devenue iconique, devra être maintenue dans tout projet de reconversion futur.

L’occupation industrielle se poursuit pendant plusieurs décennies : le bâtiment passe à la Van Horne Warehousing Company en 1962 ; Viking Brushes y est mentionnée comme locataire en 1985. La fonction d’entreposage devient progressivement obsolète avec l’essor du transport par conteneurs. Vendu en 2007 à une société de gestion immobilière, l’édifice abrite Docu-Dépôt et Docudata pour l’archivage de papier ; avec la migration vers le stockage électronique, il est revendu en 2019 à Rester Management. Depuis janvier 2023, le Groupe Rester Management propose un projet de transformation en complexe mixte (hôtel, bureaux, commerces, terrasse en toiture), avec la construction d’un nouveau bâtiment sur le lot adjacent au 55 Van Horne.

Approfondissements

L’avenue Van Horne porte le nom de Sir William Cornelius Van Horne (1843-1915), président du Canadien Pacifique de 1888 à 1899, figure majeure de l’expansion ferroviaire transcontinentale canadienne. Son nom est étroitement associé au développement du quartier, structuré par la présence de la voie ferrée du CP qui demeure une frontière physique entre le Plateau-Mont-Royal au sud et Rosemont-La Petite-Patrie au nord.

L’édifice est officiellement inscrit dans l’arrondissement Plateau-Mont-Royal et reconnu pour sa valeur patrimoniale par la Ville de Montréal dans son énoncé patrimonial de juillet 2023. Sa silhouette caractéristique, masse en béton armé surmontée de la tour d’eau, en fait l’un des derniers témoins de l’architecture industrielle du début du XXᵉ siècle dans le secteur. La précision « caractéristique du XIXᵉ siècle » employée par la guide s’applique à la lignée typologique des entrepôts industriels plutôt qu’à la datation précise du bâtiment, qui est de 1924. Le nom de la précédente entité, St. Lawrence Warehousing, lui est parfois associé dans les sources.

La filière des tours d’eau industrielles à Montréal est aujourd’hui largement éteinte, à l’exception de quelques exemples emblématiques préservés (notamment la bouteille de la Guaranteed Pure Milk Company au centre-ville, qui est elle aussi une véritable tour d’eau fonctionnelle, voir arrêt 8 et notes de vérification). La conservation de ces silhouettes témoigne d’une appréciation contemporaine du paysage industriel comme patrimoine bâti à part entière.

L’évolution du projet Rester Management entre 2022 et 2026 est documentée en détail dans l’encadré « Projet Entrepôt Van Horne, état de la situation au printemps 2026 » à la fin des présentes notes.

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Espace réservé pour photo de la silhouette du bâtiment et de la tour d’eau en sommet


Arrêt 8. Réseau Vert et Jardin du Crépuscule

Énoncé de la visite

La guide présente le tronçon de piste cyclable sur lequel le groupe se trouve, dit Réseau Vert. Initialement conçu dans les années 1980 par l’urbaniste Jean Décarie (1937-2020), le projet ambitionnait de relier le Vieux-Port à la rivière des Prairies par un long couloir cyclable et vert. Seuls trois kilomètres ont été aménagés au final, sur l’emprise du Canadien Pacifique entre les rues Fullum à l’est et Saint-Dominique/Saint-Urbain à l’ouest. Le tronçon a été inauguré en 1994, puis redessiné en 2017 dans le cadre du 375ᵉ anniversaire de Montréal. Les terrains restent la propriété du Canadien Pacifique mais sont loués par la Ville. Le tracé dessert la station de métro Rosemont, plusieurs écoles et de nombreux bâtiments industriels en bordure de l’avenue Van Horne, avec une dizaine de panneaux d’interprétation historique.

La guide invite ensuite à observer les œuvres sculpturales qui jalonnent la piste cyclable : il s’agit du Jardin du Crépuscule (Twilight Sculpture Garden), une initiative artistique guérilla lancée en 1999 par le sculpteur Glen LeMesurier. L’intervention, à l’origine non-autorisée, a depuis été reconnue officiellement par la Ville de Montréal. On compte aujourd’hui environ 80 sculptures réparties le long de la piste et dans le Mile End, principalement composées de pièces industrielles récupérées (hélices, roues d’engrenage, fragments de machinerie). LeMesurier entretient lui-même les œuvres, taille les arbustes, et change occasionnellement les installations. Il opère depuis son atelier Terminal Iron Works au 135 avenue Van Horne, à proximité immédiate du sentier.

L’échange avec le public élargit ensuite la discussion à deux objets liés au passé industriel montréalais. Sur les tours d’eau (déjà abordées à l’arrêt 7), la guide précise qu’elles étaient typiques des grands bâtiments industriels et qu’on ignore le nombre exact qui ont existé à Montréal. Sur la bouteille de lait emblématique au centre-ville (Guaranteed Pure Milk), la guide affirme à tort qu’il s’agissait d’un dispositif strictement publicitaire et non d’une tour d’eau ; en réalité, c’est une véritable tour d’eau Art déco fonctionnelle conçue en 1930 (voir les notes de vérification en fin de carte).

Approfondissements

Jean Décarie (1937-2020) était urbaniste, professeur à l’École d’urbanisme de l’Université de Montréal, et figure influente de la planification montréalaise des dernières décennies du XXᵉ siècle. Son projet de Réseau Vert s’inscrivait dans une tradition d’aménagement urbain post-industrielle qui visait à réutiliser les emprises ferroviaires libérées comme corridors de mobilité douce et de biodiversité. Une grande partie du projet n’a jamais vu le jour, faute de portage politique soutenu et d’accord avec le Canadien Pacifique. Le tronçon réalisé est aujourd’hui un succès localisé, étroitement intégré à la trame des quartiers traversés. Le Réseau Vert constitue d’ailleurs l’un des éléments du corridor vert élargi évoqué par la guide à l’arrêt 0, qui pourrait à terme relier le Champ des Possibles à plusieurs autres friches reconverties du secteur.

Glen LeMesurier est un sculpteur établi dans le Mile End depuis les années 1990. Son atelier Terminal Iron Works, qui occupe un ancien bâtiment industriel au 135 avenue Van Horne, est devenu un point de référence pour la communauté artistique du secteur. Le Jardin du Crépuscule, malgré son origine non-autorisée, illustre un mode de production artistique caractéristique de Montréal, où l’intervention citoyenne précède la reconnaissance institutionnelle. Le même mécanisme est à l’œuvre dans la naissance de Kabane 77 (arrêt 5), du parc des Gorilles (arrêt 9) et dans la consolidation du Champ des Possibles (arrêt 0).

La bouteille de lait Guaranteed Pure Milk, située au 1025 rue Lucien-L’Allier dans le centre-ville, est une tour d’eau Art déco en acier de 6 tonnes, 10 mètres de hauteur et 250 000 litres de capacité, conçue en 1930 par la firme Hutchison, Wood & Miller comme dispositif à double fonction : réservoir d’eau industriel pour la Guaranteed Pure Milk Company et publicité monumentale visible de loin. Elle est aujourd’hui l’un des marqueurs visuels emblématiques de Montréal.

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Espace réservé pour photo de la piste cyclable et d’une sculpture du Jardin du Crépuscule


Arrêt 9. Parc des Gorilles et identité du Mile-Ex

Énoncé de la visite

Le groupe arrive sous le pavillon central du parc des Gorilles, situé dans le secteur Marconi-Alexandra de l’arrondissement Rosemont-La Petite-Patrie, et la guide propose une pause prolongée d’environ huit minutes pour reprendre son souffle et présenter à la fois l’histoire du parc et le contexte urbain plus large du Mile-Ex.

Le terrain a une histoire ferroviaire : il appartenait au Canadien Pacifique et a été densifié progressivement entre 1910 et les années 1980 par diverses installations liées au rail. Avec le déclin des activités, le site a été laissé à l’abandon et a vu se développer une végétation spontanée, phénomène de friche urbaine comparable à celui du Champ des Possibles dans le Mile End voisin (arrêt 0). En 2013, le Groupe Olymbec acquiert le terrain. Le 15 mai 2013, plus de cinquante arbres matures sont abattus et le site est excavé sans permis municipal ; une mobilisation citoyenne s’organise immédiatement contre le promoteur. La Ville obtient une injonction, puis place le site en réserve foncière en 2016 et procède à l’expropriation en 2018. La gestion future est confiée à un OBNL nouvellement constitué, Les AmiEs du Parc des Gorilles, en partenariat avec la Ville. La conception du parc est confiée à la firme d’architecture du paysage civiliti, et l’inauguration a lieu à l’automne 2024.

Le parc occupe environ 500 mètres en diagonale dans le quadrilatère délimité par les rues Beaubien Ouest, Saint-Urbain, Saint-Zotique Ouest et l’avenue de l’Esplanade. Les sols ayant été décontaminés et excavés, l’aménagement repose sur un nouveau substrat ; tout a dû être replanté. Les jardins collectifs comportent légumes et arbres fruitiers, et le pavillon dans lequel le groupe est assis sert d’espace d’événements communautaires. Le toponyme « Gorilles » est un clin d’œil à la fois à la végétation spontanée (la « jungle urbaine ») et à la mobilisation « guérilla » des résident·e·s. Le parc demeure cogéré par l’OBNL et la Ville.

La guide saisit l’occasion pour cadrer plus largement le secteur. On se trouve dans la portion nord-est de l’ancien village de Saint-Louis-du-Mile-End, traversée par le rail. Historiquement, c’était un secteur ouvrier en marge, sans véritable centre civique formel, l’essentiel du développement étant concentré dans le Mile End immédiatement au sud. Le développement urbain s’est fait organiquement, à petite échelle : maisons unifamiliales, duplex, triplex, mêlés à des petits ateliers (mécaniciens, peintres-vernisseurs, manufactures de cigares) et à de plus grandes usines textiles. Lorsque l’industrie textile s’est repliée, des créatifs (artistes, architectes, designers) ont occupé les espaces adaptables, et le secteur est devenu connu comme le « quartier des architectes ». L’arrivée du campus MIL de l’Université de Montréal au cours des années 2010, juste à l’ouest sur l’avenue Hutchison, a accéléré cette dynamique de reconversion.

Approfondissements

Les Amis du Champ des Possibles (fondés en 2010, voir arrêt 0) et Les AmiEs du Parc des Gorilles incarnent une tradition montréalaise de gestion mixte d’espaces publics par des OBNL en partenariat avec la Ville. Ce modèle, qui découle en partie du mouvement de défense des friches urbaines des années 2000, connaît une formalisation croissante. Il offre une alternative à l’aménagement par la seule administration municipale et permet une appropriation locale et durable des espaces. Le parallèle entre les deux sites est explicitement évoqué par la guide à plusieurs reprises au cours du parcours.

Le Groupe Olymbec, promoteur immobilier impliqué dans l’épisode de mai 2013, est l’un des plus importants gestionnaires d’immeubles industriels et commerciaux à Montréal. L’incident a marqué le débat public sur la protection des arbres matures en milieu urbain et a contribué à un renforcement progressif des règlements municipaux. La firme civiliti, fondée en 2002, a signé plusieurs aménagements paysagers majeurs à Montréal et s’est spécialisée dans la requalification d’espaces post-industriels.

Le campus MIL de l’Université de Montréal, inauguré officiellement à l’automne 2019, occupe l’ancienne gare de triage Outremont du Canadien Pacifique. Il abrite les départements de chimie, physique, biologie et géosciences de l’UdeM et constitue le projet immobilier universitaire le plus important à Montréal depuis plusieurs décennies. Sa proximité immédiate avec le Mile-Ex a été déterminante dans l’accélération récente des reconversions industrielles du secteur.

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Espace réservé pour photo du pavillon central et des jardins collectifs du parc des Gorilles


Arrêt 10. O Mile-Ex (ancien Main Knitting)

Énoncé de la visite

En quittant le parc des Gorilles, le groupe longe le complexe O Mile-Ex, deux anciens bâtiments d’usine textile en forme de L situés au 6666 rue Saint-Urbain. Les bâtiments ont abrité la compagnie Main Knitting de 1966 à 2008, soit près d’un demi-siècle d’activité dans la confection de textiles et de vêtements.

En 2011, un projet de conversion résidentielle en condominiums est proposé, mais des consultations publiques révèlent l’opposition citoyenne : les résidents souhaitent que le site demeure en usage d’emploi, dans la lignée de la vocation économique historique du quartier. La Ville refuse le changement de zonage. Le bâtiment est ensuite vendu en 2014 au promoteur TGTA, qui propose un pôle d’emploi axé sur l’intelligence artificielle. La rénovation est confiée à la firme Lemay et est complétée en 2018, soit environ 370 000 pieds carrés répartis sur les deux bâtiments interconnectés par une passerelle.

La guide souligne l’approche de rénovation très différente des projets plus conservateurs (comme l’édifice Ubisoft, mentionné en passant) : ici, la brique blanche et noire d’origine a été entièrement décapée et remplacée par un nouveau parement noir et rouge. L’enveloppe a été refaite avec des matériaux haute performance, le toit blanc réfléchissant la chaleur, la fenestration entièrement remplacée. Seule la structure portante en béton armé est d’origine. Les plafonds intérieurs sont laissés exposés, les planchers de béton aussi, dans une esthétique loft caractéristique des reconversions industrielles contemporaines.

Le complexe abrite aujourd’hui Mila, l’Institut québécois d’intelligence artificielle qui regroupe des chercheur·se·s de plusieurs universités, ainsi que Behaviour Interactive (jeux vidéo), des entreprises de biotechnologie, des garderies, des gymnases et des restaurants. Mila a inauguré ses nouveaux locaux dans le complexe en janvier 2019. Le projet incarne le compromis entre la demande citoyenne (maintenir l’emploi) et la dynamique de reconversion technologique du secteur.

Approfondissements

La firme Lemay, fondée à Montréal en 1957, est l’une des plus importantes firmes d’architecture intégrée au Québec ; c’est la même qui a signé la Place des Montréalaises (Circuit n° 1 de la série « Au cœur de la métropole 2026 ») et qui a remporté le concours d’architecture Ubisoft de 2013 (voir arrêt 4). Son approche est connue pour son intégration de la durabilité environnementale dans les reconversions industrielles ; le toit blanc du complexe O Mile-Ex en est un exemple modeste mais significatif.

Mila, l’Institut québécois d’intelligence artificielle, a été fondé en 1993 sous le nom de LISA par le professeur Yoshua Bengio à l’Université de Montréal. Renommé Mila en 2017, c’est aujourd’hui l’un des plus grands centres de recherche en apprentissage profond au monde, regroupant plus de 1 000 chercheur·se·s, étudiant·e·s et professeur·e·s d’établissements partenaires comme l’UdeM, McGill, HEC Montréal et Polytechnique Montréal.

Le complexe O Mile-Ex est devenu une référence pour les projets de conversion industriels récents à Montréal, autant pour l’ampleur de l’intervention sur l’enveloppe que pour la diversité des locataires de l’économie du savoir qui y cohabitent.

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Espace réservé pour photo de la façade noire et rouge du complexe et de la passerelle entre les deux bâtiments


Arrêt 11. Édifice Microsoft (6795 Marconi)

Énoncé de la visite

Avant d’aborder le bâtiment, la guide répond à une question du public sur la différence entre démolition et décontamination. La démolition consiste à enlever et jeter ; la décontamination est un processus plus lent et coûteux qui s’applique dans des situations spécifiques (par exemple en présence d’amiante, où les ouvriers travaillent en combinaison intégrale, ou pour des sols contenant des hydrocarbures ou des métaux lourds qu’il faut excaver et acheminer à des sites de traitement spécifiques). Cette précision contextuelle s’inscrit dans la trame du parcours, qui revient régulièrement sur les enjeux pratiques des reconversions de bâtiments industriels, et fait écho au défi de décontamination du Champ des Possibles évoqué à l’arrêt 0.

L’édifice Microsoft, situé au 6795 rue Marconi, a été occupé de 1986 à 2018 par Nostrano, transformateur alimentaire spécialisé en charcuteries et pizzas. En 2020, une intervention majeure de réaménagement est entreprise. La portion avant du bâtiment d’origine est démolie et reconstruite ; un étage supplémentaire en structure d’acier est ajouté en surhauteur. L’ensemble passe à environ 110 000 pieds carrés répartis sur quatre étages.

La guide insiste sur le caractère beaucoup moins conservateur de cette intervention que d’autres exemples vus plus tôt dans la visite : l’enveloppe est entièrement remplacée, la fenestration est conçue en mur-rideau plutôt qu’en baies ponctuelles. Le résultat est résolument contemporain, sans tentative de rappel direct de la matérialité industrielle d’origine.

Le bâtiment abrite aujourd’hui Microsoft Research Montréal, qui s’y est installé entre 2018 et 2019, ainsi que d’autres entreprises du secteur de l’intelligence artificielle. C’est un marqueur visible de la mutation contemporaine du Mile-Ex en pôle technologique reconnu, phénomène déjà commenté à l’arrêt précédent à propos de Mila.

Approfondissements

Microsoft Research Montréal a été établi à la suite de l’acquisition par Microsoft de la firme Maluuba (start-up montréalaise spécialisée en compréhension du langage naturel par apprentissage profond) en janvier 2017. Le laboratoire collabore étroitement avec Mila et d’autres centres de recherche universitaires de Montréal, dans le cadre de la stratégie pancanadienne d’investissement de Microsoft en intelligence artificielle.

L’effet d’agglomération (Mila, Microsoft Research, Behaviour Interactive et plusieurs autres acteurs technologiques rapprochés sur quelques pâtés de maisons du Mile-Ex) est étroitement lié à la disponibilité d’espaces industriels reconvertibles à grande échelle, à la proximité du campus MIL de l’UdeM et à la présence d’un bassin de talent formé localement. Cette concentration géographique renforce la cohérence du « pôle IA » dont parle la guide.

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Espace réservé pour photo de la façade en mur-rideau et de la surhauteur en acier


Arrêt 12. Bureaux Henri Cleinge architecte (165 av Beaumont)

Énoncé de la visite

La guide s’arrête brièvement, environ une minute, devant un édifice en béton situé au 165 avenue Beaumont. Il s’agit du bâtiment qui abrite à la fois les bureaux et la résidence de l’architecte Henri Cleinge : la partie droite contient les bureaux, la partie gauche la résidence. Le projet est présenté comme un exemple représentatif de la dynamique « quartier des architectes » du Mile-Ex : insertion contemporaine en béton, programme mixte conjuguant lieu de travail et habitation, échelle modeste insérée dans le tissu industriel-résidentiel du secteur. Cleinge a signé d’autres projets dans le Mile-Ex, le Mile End et le Plateau au sens large, mais ce bâtiment-ci sert ici de cas-type plutôt que de portrait monographique.

Approfondissements

Henri Cleinge, fondateur de Henri Cleinge Architecte, est connu pour des projets d’insertion résidentielle et de petits ensembles commerciaux dans les quartiers centraux de Montréal. Sa pratique privilégie une matérialité brute (béton, acier, bois apparent), des géométries claires et une attention particulière aux espaces de transition entre intérieur et extérieur. Le bâtiment-bureau-résidence du 165 Beaumont incarne le principe (fréquent dans le Mile-Ex) où l’architecte est à la fois concepteur et habitant de son projet, dans une logique « live-work » qui caractérise plusieurs des firmes établies dans le secteur depuis le début des années 2000.

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Arrêt 13. Bureaux Saucier + Perrotte (7043 rue Waverly)

Énoncé de la visite

Le dernier arrêt du parcours se trouve à l’intersection en T de la rue Waverly avec une rue transversale, devant les bureaux de Saucier + Perrotte au 7043 rue Waverly. Le bâtiment, à l’origine un atelier de textile, a abrité de 1951 à 2000 trois entreprises successives : Ecclesia Knitting Mills, Hudson Ladies Coats et Allegro Garments. La firme Saucier + Perrotte, fondée en 1988 par Gilles Saucier et André Perrotte, a saisi le potentiel du site et la nécessité de protéger le secteur d’interventions immobilières mal intégrées. Ils ont acquis le bâtiment et l’ont reconverti en 2007 en espace mixte.

Le résultat est un édifice de trois étages dont la matérialité et la volumétrie d’origine sont préservées, avec une fenestration remplacée mais sensible à l’esthétique d’origine. La structure est en béton armé, et l’intérieur conserve plusieurs éléments d’origine (boiseries, radiateurs). Le sous-sol et le rez-de-chaussée abritent la réception, la salle de conférence et un atelier d’artiste ; le premier étage est consacré aux studios des architectes et aux bureaux des associés ; le deuxième étage est aménagé en lofts résidentiels, dans une formule de cohabitation similaire à d’autres projets vus plus tôt dans la visite, où le commercial occupe la base et le résidentiel le sommet.

En face, le commerce Pickup occupe une ancienne épicerie de quartier reconvertie en 2009. Les deux bâtiments composent ensemble une scène urbaine illustrative du thème du parcours : la mutation continue des espaces, la reconversion des secteurs industriels, et l’intervention contemporaine sur le bâti existant.

C’est ici aussi que la guide aborde la question du nom Mile-Ex et des limites du quartier. Le toponyme, popularisé en 2012 par le restaurateur Grégory Paul lorsqu’il a ouvert son restaurant homonyme à proximité, est l’un des rares cas où un quartier a adopté le nom d’un de ses commerces emblématiques. Le secteur, longtemps désigné officiellement Marconi-Alexandra, a vu l’arrivée d’une cohorte de jeunes résidents, d’artistes et de petites entreprises créatives à partir du début des années 2000, attirés par le zonage mixte et l’abordabilité relative ; c’est cette dynamique qu’a cristallisé le nom Mile-Ex. Le quartier est délimité au nord par la rue Jean-Talon, au sud par la voie ferrée du CP, à l’est par la rue Clark, et à l’ouest par l’avenue du Parc. Park Extension, contrairement à ce que laisse parfois entendre l’usage, se trouve plus au nord, à partir de Jean-Talon.

La guide conclut en rappelant le thème transversal des cinq circuits ArchitecTours du 50ᵉ d’Héritage Montréal : la reconversion adaptative comme stratégie patrimoniale dans des quartiers en mutation continue.

Approfondissements

Saucier + Perrotte Architectes est l’une des firmes québécoises les plus reconnues internationalement. Fondée en 1988 par Gilles Saucier et André Perrotte, elle a signé des projets institutionnels, culturels et résidentiels primés au Québec, au Canada et à l’étranger. La firme dispose d’un second bureau à Toronto. Le projet 7043 Waverly a remporté un Prix d’excellence de l’Ordre des architectes du Québec pour le design intérieur en 2009 et un Grand Prix Créativité Montréal pour les espaces de bureaux en 2008.

Selon les sources de la firme, l’édifice du 7043 Waverly avait environ 60 ans au moment de sa conversion en 2007, ce qui pointe vers une date de construction autour de 1947-1948, soit un peu antérieure à l’arrivée du premier locataire textile (Ecclesia Knitting Mills, 1951) mentionnée par la guide.

Le code postal de l’adresse est H2S 3J1 ; le bâtiment se situe en bordure de la zone que les guides touristiques décrivent comme « cœur de la Petite-Italie » montréalaise, à la jonction des secteurs Mile End, Mile-Ex et Petite-Italie. La frontière entre ces désignations reste floue, et selon les sources consultées, la même rue Waverly est tantôt rattachée au Mile-Ex, tantôt au Mile End, tantôt à la Petite-Italie.

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Espace réservé pour photo de la façade Waverly et du commerce Pickup en face


Synthèse de la guide

La guide conclut en rappelant que sur ce 50ᵉ anniversaire d’Héritage Montréal, la reconversion adaptative est un thème transversal des cinq circuits architecture du programme ArchitecTours. Le Mile End et le Mile-Ex se prêtent particulièrement bien à cette lecture : ces deux quartiers industriels mitoyens, séparés par la voie ferrée du Canadien Pacifique, ont continuellement adapté leur tissu bâti aux vagues économiques successives, du rail aux ateliers de textile, des manufactures aux pôles technologiques et créatifs contemporains. Plusieurs des projets visités illustrent comment la reconversion peut servir de stratégie de protection du patrimoine bâti, et comment les espaces extérieurs des anciens secteurs industriels ont été transformés par l’intervention citoyenne en lieux conçus par et pour la communauté. Le Mile End et le Mile-Ex demeurent aujourd’hui des quartiers vibrants et diversifiés, définis autant par leur patrimoine industriel et leur énergie artistique que par leur forte identité communautaire.


Encadré : Projet Entrepôt Van Horne, état de la situation au printemps 2026

L’évolution du dossier de transformation de l’Entrepôt Van Horne, présenté à l’arrêt 7 du parcours, mérite un suivi distinct car le projet a connu des développements significatifs entre la visite (août 2025) et le printemps 2026.

Rester Management a déposé un premier projet en juillet 2022, soit la conversion en hôtel boutique avec bureaux, commerces au rez-de-chaussée, solarium et terrasse en toiture. Ce projet a fait l’objet d’une consultation publique au début de 2023 par voie d’un sondage en ligne qui a recueilli plus de 10 700 réponses. Les résultats furent largement défavorables : près de 70 % des participants se sont déclarés préoccupés par le projet, plus de 40 % très préoccupés, et près des trois quarts opposés à la composante hôtelière. Les inquiétudes portaient sur la gentrification, l’abordabilité et l’absence de programmation communautaire. Quarante pour cent des répondants ont identifié le logement social ou abordable comme l’amélioration la plus urgente, besoin que le bâtiment ne peut techniquement combler en raison de sa proximité avec le corridor ferroviaire qui empêche tout usage résidentiel sous le zonage actuel.

Une proposition révisée a été déposée en avril 2025 et examinée par l’Office de consultation publique de Montréal (OCPM) lors d’une seconde consultation publique à l’automne 2025. Le projet conserve les éléments centraux d’origine, soit un hôtel de 120 chambres, un bar-restaurant, des commerces au rez-de-chaussée et une terrasse en toiture, mais ajoute plusieurs concessions importantes en réponse à la rétroaction citoyenne. La principale est l’inclusion d’ateliers d’artistes et d’artisans abordables, qui seraient gérés par Les Ateliers Belleville et logés dans l’entrepôt même. Plus de 31 % de la surface locative au 1 Van Horne, soit un peu moins de 3 900 mètres carrés, sont réservés à ces ateliers ; l’hôtel est plafonné à un maximum de 50 % du bâtiment. Sur le toit, un pavillon vitré abritera un restaurant et donnera accès à la terrasse, tandis qu’une serre destinée à un usage agricole est prévue plus à l’ouest. La terrasse, centrée sur la tour d’eau, serait désormais accessible au public plutôt que réservée aux clients de l’hôtel. Le garage automobile démoli au 55 Van Horne sera remplacé par un nouveau bâtiment contemporain de quatre étages dédié à des locataires de bureaux, avec stationnement souterrain partagé entre les deux structures. Une galerie communautaire de 2 000 pieds carrés complète la programmation créative.

Le conseil municipal a voté en juin 2025 la modification du règlement de zonage applicable, en intégrant les exigences proportionnelles comme conditions formelles. Le rapport de 112 pages publié par l’OCPM en décembre 2025 conclut que la proposition révisée a été assez bien accueillie auprès des 890 personnes ayant participé à la seconde consultation. L’ajout des ateliers d’artistes constitue selon le rapport le principal facteur d’amélioration de l’acceptabilité sociale du projet. Des préoccupations subsistent toutefois sur l’abordabilité à long terme des ateliers, sur l’absence d’espace réservé exclusivement aux organismes communautaires, et sur l’effet du volet hôtelier sur l’atmosphère du quartier. Le déficit de logement social, structurellement impossible à combler sur ce site, demeure une source de déception pour de nombreux résidents. La requalification de l’hôtel en pôle social associé à l’économie créative locale, plutôt qu’en simple destination touristique, est un argument qui répond directement aux critiques antérieures mais qui ne convainc pas l’ensemble des participants.

L’OCPM a formulé dix recommandations en accompagnement du rapport, parmi lesquelles la formalisation d’un statut patrimonial officiel pour le bâtiment, la mise en place d’un fonds d’utilité sociale pour préserver l’abordabilité des ateliers à long terme, la conclusion d’une entente formelle d’accès public à la terrasse en toiture, et l’intégration de l’entrepôt dans une vision d’aménagement urbain plus large pour le secteur environnant, ce qui inclut le viaduc Van Horne dont la démolition est prévue d’ici 2030.

Au printemps 2026, le rapport de l’OCPM constitue une recommandation et non une décision finale. L’arrondissement Plateau-Mont-Royal et le promoteur doivent agir sur ces recommandations avant que les travaux ne puissent débuter. Le projet requiert encore une désignation patrimoniale formelle, une entente d’accès à la terrasse avec la Ville et un mécanisme financier pour protéger l’abordabilité des ateliers. Aucune de ces démarches n’est rapide ni simple. Plusieurs aspects du projet, dont l’animation accrue de l’espace public et une meilleure connexion avec les infrastructures environnantes, dépendent de chantiers municipaux qui ne sont à ce jour ni financés ni garantis. L’Entrepôt Van Horne se rapproche d’un avenir tangible après une longue période d’incertitude, mais reste à voir si cet avenir, façonné par le compromis, parviendra à concilier les attentes du quartier en matière d’espace créatif réellement abordable, d’accès public authentique et de mémoire d’un édifice qui ponctue le paysage urbain depuis 1924.

Source de l’encadré : J.P. Karwacki, « Who Will the Entrepôt Van Horne Belong To? », article du 9 avril 2026, à recouper avec le rapport OCPM de décembre 2025.


Notes de vérification et points encore ouverts

L’ensemble des faits, dates et noms propres énoncés dans ces notes a été vérifié par recoupement avec au moins une source institutionnelle, complété par un registre de claims de 122 énoncés numérotés (45 % vérifiés, 24 % partiels, 20 % non vérifiés ou plausibles, 11 % incorrects ou avec erreur de transcription) et par les corrections issues du transcript élargi du segment introductif au Champ des Possibles. Les éléments suivants demeurent à confirmer ou ont fait l’objet d’une correction par rapport à la transcription originale.

Champ des Possibles, jeu de mots avec « CP » (arrêt 0). La guide rapporte que le nom du Champ des Possibles évoque un jeu de mots avec les initiales « CP » de Canadien Pacifique. Cette lecture, plausible et fréquemment évoquée oralement, n’est toutefois pas formellement documentée dans les panneaux officiels du site ni dans les publications institutionnelles des Amis du Champ des Possibles. À conserver comme tradition orale plutôt que comme fait institutionnel.

Relation entre Société écocitoyenne du Champ des Possibles et Les Amis du Champ des Possibles (arrêt 0). Les sources consultées renvoient parfois à la Société écocitoyenne du Champ des Possibles (mentionnée dans certaines publications comme entité cogestionnaire fondée en 2013), parfois aux Amis du Champ des Possibles (OBNL fondé en octobre 2010 et signataire de l’entente de cogestion). Il n’a pas été possible d’établir avec certitude s’il s’agit de deux entités distinctes ou de désignations successives d’une même structure. À clarifier auprès de l’organisme directement.

Date d’acquisition municipale du Champ des Possibles (arrêt 0). La date de juin 2009, documentée par le panneau officiel des Amis du Champ des Possibles et par les publications de Mile End Memories, est retenue. Une participante arrivée en cours de visite a évoqué la date de 2004, qui n’est confirmée par aucune source.

Lofts de Gaspé (arrêt 1). La date de construction de 1922, l’occupation par International Harvester, et le nom de l’architecte américain prononcé phonétiquement par la guide (probablement Prack & Prack ou un membre de cette firme de Hamilton) n’ont pas pu être confirmés dans les sources consultées et devraient être vérifiés via la fiche patrimoniale de la Ville de Montréal. Le nombre exact d’unités résidentielles (24 selon la guide, 31 lofts plus 6 maisons de ville selon iResidence) doit également être confirmé. Le nombre d’étages (3 selon la guide, possiblement 4 selon les fiches immobilières) reste à vérifier sur le terrain. Les noms d’occupants textiles cités par la guide (Black Knitting Mills, Trickle Sharp Jaws Limited) sont en partie des transcriptions fautives ; Black Knitting Mills a réellement existé selon le Canadian Trade Index, mais à une autre adresse.

Bain Saint-Michel (arrêt 2). Le nom de la firme « Patriarche Architecture » mentionné par la guide pour les travaux de rénovation en cours n’apparaît pas dans les sources consultées et est probablement une erreur de transcription audio. L’origine écossaise spécifique de la brique chamois utilisée n’est pas documentée dans les sources consultées, bien que la comparaison avec le Collège Dawson soit plausible. L’affirmation selon laquelle Montréal détient le plus grand nombre de bains publics préservés en Amérique du Nord est fréquemment répétée dans les discours patrimoniaux mais n’a pas été formellement documentée.

Pasteurisation au Québec (arrêt 3). L’affirmation de la guide selon laquelle « le Québec rend obligatoire la pasteurisation du lait en 1926 » n’est pas exacte à l’échelle provinciale. À l’échelle municipale, Montréal impose la pasteurisation en 1926 par règlement ; à l’échelle provinciale québécoise, l’obligation n’intervient qu’en 1942. Toronto avait imposé la pasteurisation dès 1914 et l’Ontario en 1938. La date de construction du bâtiment United Dairy est 1933 et non 1934.

Édifice Peck (arrêt 4). L’attribution architecturale a été corrigée : Joseph Perrault et Simon Lesage (et non « Joseph Thoreau » comme prononcé phonétiquement par la guide). Le bâtiment compte quatre étages avec sous-sol surélevé selon la plaque patrimoniale, ou cinq étages selon Wikipédia qui compte le sous-sol. Le concours d’architecture Ubisoft a été remporté par Lemay en 2013 ; les attributions des firmes Jodoin Lamarre Pratte, GLP, LaMarche et ad hoc architectes pour les rénovations 2016-2018 restent à confirmer dans les sources institutionnelles.

Gare du Mile End et Kabane 77 (arrêt 5). Le nom du lieu communautaire artistique a été corrigé en Kabane 77 (et non « Caban 77 » ou « Sofia 77 »). La gare Park Avenue (mentionnée par la guide sous le nom phonétique « Ross Sonoma ») est bien la gare qui a remplacé la gare du Mile End en 1931 ; elle est devenue la gare Jean-Talon. La séquence chronologique a été clarifiée : démolition de la gare en 1970, vente du terrain par le CP à la Ville en 2009 (et non l’inverse).

Viaduc Rosemont-Van Horne et skatepark (arrêt 6). La construction du viaduc a eu lieu de 1969 à 1972, et non en 1972 seulement. Les paysagistes du skatepark sont Rousseau Lefebvre avec TOPO Architecture de paysage (et non un cabinet phonétiquement entendu comme « Fe »).

Bouteille Guaranteed Pure Milk (arrêt 8). La guide a affirmé qu’il ne s’agissait pas d’une tour d’eau, mais simplement d’un dispositif publicitaire de la compagnie Guaranteed Pure Milk. Cette assertion est incorrecte : la bouteille emblématique au 1025 rue Lucien-L’Allier est en fait une véritable tour d’eau Art déco fonctionnelle, en acier de 6 tonnes, 10 mètres de hauteur et 250 000 litres de capacité, conçue en 1930 par la firme Hutchison, Wood & Miller comme dispositif à double fonction (réservoir et publicité monumentale).

Caractéristique du XIXᵉ siècle (arrêt 7). L’édifice de 1924 est typologiquement issu de la tradition des entrepôts industriels du tournant du XXᵉ siècle ; sa qualification comme « caractéristique du XIXᵉ siècle » par la guide s’applique à la lignée typologique plutôt qu’à la datation précise. Les valeurs financières du litige Wilfrid Duquette (contrat de 80 000 $, poursuite de 100 000 $, règlement de 48 000 $ en 1917) sont mentionnées dans des récits locaux du Mile End mais ne sont pas confirmées par les sources patrimoniales primaires consultées. La présence transitoire de Viking Brushes en 1985 n’est pas documentée par les sources patrimoniales consultées.

Origine du nom Mile-Ex (arrêt 13). Un participant a affirmé pendant la visite que des artistes du Mile End auraient inventé le nom dans les années 1980 pour éviter d’être associés à Park Extension. Cette assertion n’est pas confirmée par les sources documentées : le toponyme « Mile-Ex » a été popularisé en 2012 par le restaurateur Grégory Paul lors de l’ouverture de son restaurant éponyme, qui a ensuite donné son nom au quartier. Le phénomène sociologique évoqué (artistes choisissant ce secteur en bordure du Mile End) est réel mais date du début des années 2000, pas des années 1980. La date de construction du 7043 Waverly est annoncée par la guide à 1951 sur la base du premier locataire textile (Ecclesia Knitting Mills) ; les sources de Saucier + Perrotte décrivent toutefois l’édifice comme « 60 ans » au moment de la conversion en 2007, ce qui pointe vers une construction vers 1947-1948.

« Onze panneaux d’interprétation sur le Réseau Vert » (arrêt 8). Ce chiffre exact n’est pas confirmé par les sources officielles de la Ville de Montréal et reste à vérifier sur le terrain.

Bâtiment-vestige sur l’avenue de Gaspé (transition entre arrêt 0 et arrêt 1). L’identification précise du « petit bâtiment au centre » mentionné par la guide entre deux mégastructures textiles des années 1970, présenté comme un vestige de l’échelle industrielle plus ancienne du secteur, mérite vérification sur place.

Coordonnées géographiques des arrêts. Les coordonnées intégrées dans le stops.json au moment de l’import vers le site sont des estimations à valider sur Google Maps. La précision visée est suffisante pour l’affichage Leaflet (environ 50 m), mais une vérification sur place ou via la pince Google Maps est recommandée pour les arrêts dont l’adresse exacte n’a pas pu être confirmée par les sources patrimoniales.


Notes de parcours rédigées à partir d’une transcription audio nettoyée et fact-checkée de la visite du 10 août 2025, vérifiées contre les sources patrimoniales et institutionnelles disponibles, et complétées au printemps 2026 avec l’arrêt prolongé d’introduction au Champ des Possibles, les six arrêts initiaux du Mile End sud (Lofts de Gaspé, Bain Saint-Michel, United Dairy, Édifice Peck, Gare du Mile End, viaduc et skatepark) et l’encadré sur l’évolution du projet Entrepôt Van Horne suite au rapport OCPM de décembre 2025. Les espaces photographiques sont à compléter par les images prises sur le terrain.

Notes de parcours rédigées à partir d’une transcription audio nettoyée et fact-checkée de la visite du 10 août 2025, vérifiées contre les sources patrimoniales et institutionnelles disponibles. Les espaces photographiques sont à compléter par les images prises sur le terrain.